‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 175 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE II

il ne le faudrait pas. Toutefois on pourrait répondre pour une ou deux fois; mais, s'il voulait vous retenir plus longtemps, il faudrait dire : Monsieur, excusezmoi, j'ai affaire, je suis un peu pressée. Car, voyezvous, mes filles, quoique la sainteté de leur ministère et le sacré caractère qu'ils portent les élèvent au-dessus du reste des hommes, il pourrait néanmoins arriver à l'égard de quelques-uns que, si vous leur parliez longtemps et non de choses nécessaires , ils ne laisseraient pas de les écouter, et les uns et les autres vous perdriez votre temps; partant, traitez toujours avec eux fort courtement et sérieusement '. »

Sur toutes ces questions , le saint , selon sa méthode , consultait ses sœurs ; pressées par ses interrogations , ces jeunes âmes, si ardentes et si pures, s'animaient et trouvaient des réponses qui le jetaient dans l'admiration.

Voyez, par exemple, la conférence sur l'union et la désunion qui peuvent régner dans une communauté. Quelle recherche dans les réponses des sœurs ! Plus de trente filles de Charité prennent la parole et y déposent toutes les raisons les plus profondes, les plus pratiques, de garder à tout prix l'union des cœurs. Saint Vincent de Paul était ravi . Voyez aussi la conférence sur l'amour de la vocation : ce J'eus une grande consolation en la dernière conférence où j'ai assisté ; chacune rapportait si ingénument ses pensées , qu'il me semblait voir sortir de leur bouche comme des étincelles de feu qui allumaient un grand brasier, et comme des chandelles qui allumaient d'autres chandelles^. ))

Afin de conserver cette union des cœurs , saint Vincent de Paul ne trouvait pas de meilleur moyen que cette entière franchise qui va jusqu'à s'avertir réciproquement de ses défauts.

1 Conférences aux Filles de Charité, t. I, p. 452.

2 Ibid., p. 201.

Un jour qu'il parlait de cette pratique, M'^^ Le Gras se mit à genoux et demanda humblement qu'une sœur fût chargée de l'avertir. « Oh ! oui, dit le saint; il ne serait pas juste, Mademoiselle, que toutes nos sœurs ayant ce bonheur d'être averties de leurs fautes , vous et moi fussions les seuls qui serions privés de ce bien . et serions assez malheureux que de n'avoir personne qui nous fît cette charité. Il faudra donc qu'une sœur qui sera comme votre coadjutrice , et qui tiendra votre place en votre absence, reçoive les plaintes qu'on pourra faire contre vous, et écoute les choses dont on aura à vous avertir ; voilà comment on en doit user et comment j'en use ; mais j'ai à me plaindre que celui qui a charge de m'avertir n'a pas assez de charité et me laisse souvent passer des fautes bien considérables * . »

A la conférence suivante, il revient sur le même sujet, et demande si on a fait des progrès : ce Mademoiselle, vous plaît-il nous dire si l'on a fait quelques progrès dans la compagnie, depuis qu'il a été arrêté qu'on avertirait des fautes ? — Mon Père , on n'est pas encore bien entré dans cette pratique , ce qui vient peutêtre de ce que je n'ai point encore prié celle que votre charité m'a donnée pour admonitrice ; je ne l'ai point encore, dis-je, priée de m'avertir, et apparemment elle n'aura pas osé l'entreprendre, de crainte que mon orgueil ne l'eût pu aisément supporter; je vous demande très humblement pardon , mon Père , et à toutes nos sœurs, des fautes que j'ai commises et dont je ne me suis point fait avertir^. »

Alors, pour mieux faire approfondir la nécessité de ces avertissements , saint Vincent de Paul continua ses interrogations : ce Ma sœur, qui êtes là-bas, vous semble-t-il qu'il soit à propos de vous avertir les unes

1 Conférences aux Filles de Charité, t. I, p. 319.

2 Ibid., p. 324.

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