‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 176 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE II

les autres ? — Mon Père , c'est un des meilleurs moyens que nous ayons pour nous corriger de nos défauts ; cependant une de mes sœurs m'ayant avertie, ainsi que je Ten avais priée, j'ai été si orgueilleuse que de témoigner le trouver mauvais ; je vous en demande très humblement pardon , et à vous , ma sœur , qui m'avez fait la charité. )) L'autre sœur, de son côté, se mettant aussi à genoux, dit : ce C'est à moi, ma sœur, à vous demander pardon de ce que je vous ai fait l'avertissement mal à propos et en présence du monde. — Oh ! que voilà qui est bien ! dit notre très honoré Père ; l'une s'accuse de n'avoir pas bien pris l'avertissement, et l'autre de ne l'avoir pas bien donné. Levez-vous, mes filles ; mais la sainte coutume est de baiser la terre quand on a dit sa coulpe *. ))

Une pureté angélique devait achever le portrait d'une fille de la Charité. Placée par l'Eglise au chevet des mourants , elle doit être comme une mère auprès du lit de son fils malade ; mais , pour avoir là cette chasteté , il faut l'avoir toujours.

On voit quelles vertus le saint exigeait de ses filles : vertus héroïques, mais sans lesquelles elles ne pouvaient remplir les devoirs de leur sainte vocation. Ces vertus avaient pour principe et pour fin l'amour de Dieu. Aussi il y revenait sans cesse : avec quel élan, quelle grâce, quelle éloquence ! On en jugera par quelques mots. Le sujet de la présente conférence est de l'amour de Dieu : (( Or sus , béni soit Dieu ! Dites-moi, ma sœur, pourquoi il faut qu'une fille de la Charité aime Dieu de tout son cœur. — Mon Père, c'est parce qu'il est infiniment bon. — Voilà qui va bien. Mais pourquoi une fille de la Charité doit -elle aimer davantage Dieu que le reste des hommes ? — Monsieur , en ce qu'il nous a tirées de la masse corrompue du monde

i Conférences aux Filles de Charité, t. I, p. 327.

pour nous mettre dans un état où nous avons tant de moyens de nous sanctifier ; pour moi, je suis toute confuse de tirer si peu de profit de tant de grâces et suis résolue d'être plus sur mes gardes à l'avenir. — Ma fille, par quelles marques pouvez -vous connaître que vous aimez Dieu? — Mon Père, c'est quand on sent un grand désir de lui plaire. — Ah! ma fille, c'en est là véritablement une grande marque ; car si on a un grand désir de lui plaire , non seulement on évitera de l'offenser, mais encore on s'étudiera à faire tout ce qu'il veut. A quoi peut- on connaître qu'une fille de la Charité aime Dieu ? — Mon Père , c'est si elle garde ses saints commandements. — Ah! ma fille, vous avez raison, etc. etc. *. ))

Toute la conférence est de cet entrain. Les sœurs parlent les unes après les autres, et chaque mot qui s'élève de ces cœurs embrasés donne au saint l'occasion de nouveaux développements.

Du reste, jamais d'excès en saint Vincent de Paul ; il voulait ses filles embrasées de l'amour de Dieu, mais libres , détachées de tout , toujours prêtes à tout quitter, même les plus doux exercices de piété , même l'oraison , même la sainte communion , pour le service des pauvres.

(( Faites sans aucun retard ce qui regarde le service des pauvres ; et si , au lieu de faire votre oraison le matin, il vous faut aller porter une médecine, allez-y en repos. Oh ! quelle consolation pour une bonne fille de Charité de se dire à elle-même : Au lieu de faire mon oraison, ma lecture, je vais visiter mes pauvres malades qui pressent, et je sais que Dieu aura pour agréable mon action ! Avec cette pensée , une fille va gaiement partout où Dieu l'appelle ^. ))

Quel esprit juste, sensé, modéré ! Voilà la vraie reli-

^ Conférences aux Filles de Charité , t. I , p. 404. 2 Ibid., t. I, p. 274.

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