‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 180 sur 394 · LIVRE III» — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III» — CHAPITRE III

rite des hommes, est de 1620. Mais est-ce bien le premier? Notre saint n'a-t-il rien fait en ce genre à Clichy, à Châtillon? En tout cas, à partir de 1620, il commença à multiplier ces réunions d'hommes : à Folleville, à Montmirail, à Joigny, à Trévoux. Les registres de la ville de Mâcon ont gardé le souA-enir de la première réunion d'hommes tenue en 1623 dans cette ville pour le soulagement des pauvres. On a retrouvé plusieurs manuscrits autographes des règlements faits par saint Vincent de Paul. Ils sont à peu près conçus dans les mêmes termes, et on y saisit parfaitement sa pensée. L'association est une association chrétienne. Elle a pour patron Jésus-Christ, père des pauvres. Elle est présidée par le curé ou recteur, sans lequel, ni dans Fassembléedes dames, ni dans l'association deshommes, on ne peut rien faire. Tout homme chrétien peut y entrer; mais elle a un centre et comme un cœur composé de trente hommes, choisis parmi les plus fervents, qu'on nomme les serviteurs des pauvres et qui seront, disent les statuts, (( comme les piliers soutenant le corps de l'association. » Ces trente personnes éliront trois administrateurs chargés de gouverner l'association : le président , nommé tour à tour le prieur ou le commandeur, qui préside les assemblées et dirige l'association; le trésorier, qui garde les fonds dans une armoire à deux clefs, et qui chaque année rend compte de l'emploi qu'il en a fait; enfin le visiteur, chargé de découvrir les pauvres honteux, les veuves, les orphelins, les vieillards, et d'en donner connaissance à l'assemblée pour qu'elle vienne à leur aide.

. 'Le but de l'association est de réaliser cette parole "du Deutéronome : ((Qu'il n'y ait point de pauvres parmi vous. )) Et, en effet, dans un village bien tenu, dans une ville bien organisée , il ne peut pas , il ne doit pas y avoir de pauvres./Ou le pauvre est valide, il peut gagner sa vie; la mendicité doit lui être interdite, et

l'association l'aider à avoir de l'ouvrage. Ou il est délicat de santé, trop jeune d'âge, et ne gagne qu'une portion de ce qui lui fait besoin : l'association doit lui subvenir du reste. Ou enfin il est malade, impotent, incapable de travail : (( l'association lui distribuera par semaine ce qui lui sera nécessaire pour vivre. )) Dès lors plus de mendicité. Notre -Seigneur a bien dit : ((Vous aurez toujours des pauvres parmi vous; )) il n'a pas dit : Vous aurez des mendiants. La pauvreté résulte du plan admirable de Dieu. La mendicité n'accuse que l'imperfection de la société. Elle est la mère de tous les vices et le péril de toutes les civilisations.

Nous avons vu comment saint VincenT de Paul s'y prenait pour fournir un fonds d'entretien et de ressources à chacune de ces associations , selon le pays où elles étaient établies. Nous n'y reviendrons pas, pas plus que sur les recommandations expresses de s'occuper des âmes encore plus que des corps. « Ils veilleront, dit-il, à ce que les enfants aillent à l'école, apprennent le catéchisme et communient; à ce que les grandes personnes soient instruites de leur religion et reçoivent les sacrements. S'ils avaient le malheur d'être hérétiques , ils ne négligeront rien pour les ramener à la vérité. Mais, si ces pauvres égarés s'obstinaient, faudrait-il les. chasser de l'hôpital, leur refuser tout secours? » Michelet l'avait prétendu: ce Ce qui étonne, dit-il , c'est qu'ayant tant de cœur, il n'oublie pas son caractère de prêtre, et fasse de la confession catholique la condition de l'aumône. Mais quoi ! si cet homme affamé est luthérien, calviniste, faut-il qu'il meure? Faut-il qu'il abjure pour manger*? )) M. Feillet, un homme de grande science et de haute probité, qui avait accepté cette accusation, la rétracte dans son ouvrage sur la Misère au temps de la Fronde ;cc Nous profitons

1 Histoire de France, t. XII, p. 244.

Page 1