‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 181 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE III

de cette occasion pour faire amende honoral)le du reproche d'intolérance que, sur un texte mal compris, nous avions adressé à Vincent de Paul dans notre travail de la Revue de Paris; une étude beaucoup plus sérieuse de l'époque, une sorte de connaissance plus intime du saint, que la lecture de toutes ses lettres inédites nous a donnée, tout nous a convaincu que Vincent, en présence du malheur, ne demandait jamais à quelle religion on appartenait. Aussi ne mettons-nous aucun amour-propre à déclarer que nos critiques de 1856 nous paraissent, en 1861 , plus spécieuses que solides, que nous les rétractons sans aucune arrière -pensée ni faux-fuyant, par le seul motif du respect qu'on doit à la vérité *. »

Ce qui reste vrai, c'est que ce saint cœur de prêtre, en donnant des secours à tous, voulait qu'ils servissent à amener les uns à la vérité, et tous à la vertu.

Mais, pour que les associés ne se laissassent jamais aller à la défaillance, au découragement, pour qu'ils ne reculassent devant aucune fatigue ni devant aucun péril, il voulait qu'ils levassent les yeux plus haut que les pauvres, qu'ils vissent en eux les membres souffrants de Notre -Seigneur, et qu'ils se persuadassent bien que ce qu'on fait au plus petit d'entre eux, c'est à Jésus-Christ qu'on le fait. Quand il récitait les litanies , on sentait sa voix trembler à ce mot : Jesu pater pauperum.

Tels sont les traits principaux, à peu près les mêmes partout, de cette création originale des assemblées d'hommes du monde au service des pauvres. Elle répondait si bien aux besoins du moment, qu'elle se répandit partout avec une rapidité merveilleuse, non seulement à Folleville, Joigny, Montmirail, Trévoux,

^ La Misère au temps de la Fronde, p. 239, note.

Mâcon, dans plus de trente paroisses, mais jusqu'en Lorraine, en Champagne et en Bourgogne.

Le succès fut encore plus grand à Paris. Car on pense bien que, établi définitivement à Saint-Lazare, saint Vincent de Paul ne négligea pas une œuvre pareille, et qu'ayant sous la main, dans une foule de grands seigneurs et de personnages éminents, de si puissants appuis, il sut les employer pour le service des pauvres.

i^Parmi ces personnages éminents était au premier rang le baron de Renty, un des plus grands chrétiens du xvn'' siècle et de tous les siècles.

Né en 1611 au château de Beny, dans la basse Normandie, au diocèse de Bayeux, tenu sur les fonts du baptême par deux pauvres , sa noble et pieuse famille ayant eu cette belle inspiration , qui ressemblait à une prophétie, après de brillantes/etudes à Bayeux et à Paris, contrarié par son père dans le désir qu'il avait de se faire chartreux , il épousa à vingt-deux ans une jeune fille noble de grande vertu. M"" d'Entragues, dont il eut cinq enfants, deux fils et trois filles. Voué comme tous ceux de sa race au métier de la guerre, il s'y fit remarquer à la fois par sa piété et son courage. Un gentilhomme l'ayant provoqué en duel, il répondit que Dieu et le roi le lui défendant, il ne se battrait pas; mais que, si ce gentilhomme l'attaquait, il saurait l'en faire repentir. Ce fut ce qui eut lieu. M. de Renty le blessa, le désarma, lui fit rendre son épée,sans autre vengeance que de le conduire dans son hôtel, où il pansa sa blessure , le soigna avec le plus grand respect et lui rendit son épée. Ce fut une des rares occasions où il fit voir ce qu'il y avait de fier sang breton dans ses veines. Bientôt une humilité absolue enveloppa et cacha à tous les regards ses brillantes qualités. 11 fit profession de renoncer à sa noblesse , abandonna tous ses titres, tous les insignes de ses dignités, et Louis XIV

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