‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 182 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE III

lui ayant envoyé le titre de conseiller du roi , il le lui renvoya avec une humilité qui, au lieu de blesser le roi, provoqua en lui un cri d'admiration. Dès lors il se voua entièrement au service des pauvres. Il avait fait de son château de Beny un hôpital où lui , sa femme , ses jeunes filles, servaient les pauvres à genoux. A Paris, à Dijon, à Beaune, partout où il était, il allait à l'Hôtel-Dieu , y passait trois et quatre heures au service des malades ; et la visite qu'il faisait au saint Sacrement avant et après était si pénétrée de foi, de recueillement, que, sans qu'il s'en aperçût, les dames de Charité , les sœurs , les malades se cachaient derrière les portes pour le voir. Afin de rendre sa charité plus féconde, il avait appris un peu de médecine, surtout de pharmacie. 11 s'en servait pour composer des poudres, des onguents, des pâtes qu'il étendait lui-même sur les plaies les plus répugnantes. Nul ulcère, si dégoûtant qu'il fût, ne lui faisait peur. C'était même ce qui l'attirait davantage, et on cite dans,s,a vie des pansements dont le seul récit fait frémir-fToujours à genoux, du reste, et adorant Jésus -Christ dans le plus dégoûtant des pauvres. Saint Vincent de Paul pouvaitil désirer un aide de camp plus courageux et plus actif? Un jour, M. de Renty rencontre, dans l'escalier d'un pauvre malade, une fille de la Charité. (( Que cherchezvous ici, ma sœur? lui dit-il. — Monsieur, je cherche Jésus-Christ. — Et moi aussi, » reprend M. de Renty. A partir de ce moment , il est de toutes les œuvres de notre saint; il assiste à toutes les assemblées; il prend part à tout ce qu'il entreprend en France : séminaires , œuvres des prisonniers, des forçats, de l'Hôtel-Dieu, des vieillards , des enfants trouvés ; à tout ce qu'il entreprend . hors de France , missions d'Alger, de Tunis , de Madagascar; missions d'Irlande, d'Ecosse, d'Angleterre : il a la main partout; il est le bras de saint Vincent de Paul, et il meurt à trente-sept ans, mettant

tous les chrétiens dans l'admiration qu'on ait pu faire tant de choses en si peu de temps ^

Nommons, à côté de lui, son ami Henri -Michel Bûche , simple cordonnier, mais d'une grande intelligence, qui avait entrepris de réformer tous les corps de métiers, et qui fonda deux associations chrétiennes : celle des cordonniers et celle des tailleurs , qui subsistèrent l'une et l'autre jusqu'à la Révolution française.

Nommons encore le commandeur de Sillery, qui, après avoir été ambassadeur en Italie, en Espagne, commandeur de Tordre de Malte, touché de Dieu, se voua, sous la conduite de saint Vincent de Paul, au service des pauvres. Il vendit tous ses biens, quitta ses appartements somptueux, et, épris d'une perfection plus haute, sollicita humblement la grâce de devenir simple prêtre; ce qui arriva, sans qu'il acceptât jamais aucune dignité dans l'Eglise. On a, de sainte Chantai et de saint Vincent de Paul, des lettres au commandeur de Sillery qui en font le plus bel éloge que puisse désirer un serviteur de Dieu. « Sa mort, écrit saint Vincent de Paul, a répondu à sa belle vie; il est allé au ciel, comme un monarque qui va prendre possession de son royaume, avec une paix, une confiance, une douceur et une force qui ne se peuvent exprimer. Oh! Monsieur, que c'était un grand serviteur de Dieu^!» [Nommons encore, au premier rang de ces hommes du monde soulevés par le souffle de saint Vincent de Paul : les deux Marillac, l'un grand chancelier, l'autre maréchal de France, oncles de M^l^ Le Gras, et dont d'affreux malheurs firent resplendir la vertu; le duc de Liancourt, si pieux, ainsi que la duchesse sa femme,

1 Vie de M. de Renly, par le P. Saint- Jure; Paris, chez Pierre le Petit, rue Saint- Jacques, à la Croix d'or, 1653. » Lettres, t. I, p. 362, n» 318.

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