‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 184 sur 394 · LIVRE m. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE m. — CHAPITRE III

hommes du monde à se consacrer au service des pauvres.

Ce qui avait été commencé à Paris, ce qui se continuait déjà dans une foule de villes de province, saint Vincent de Paul voulait que les seigneurs le fissent jusqu'au fond de leurs terres, dans leurs châteaux, visà-vis de ceux dont ils se disaient les seigneurs et les maîtres. « Quiconque, disait -il, a de grandes terres, a reçu de Dieu charge d'âmes ; quiconque a autorité sur un autre , répond de lui selon la mesure de son autorité et l'étendue de ses besoins. Qu'il s'occupe avant tout des pauvres , des orphelins , des abandonnés , c'est son devoir rigoureux; mais qu'il n'oublie pas les autres, car tous sont commis à sa charge. » Dans le but de répandre ces vérités ti'op oubliées des classes riches, il composa un petit écrit de quatre pages , qu'il fit réimprimer plusieurs fois et qui courut tous les châteaux; il lui donna pour titre : Instruction pour le soulagement des pauvres, à cause des circonstances au milieu desquelles il le fit paraître , mais qu'il aurait pu intituler : Des devoirs des seigneurs dans leurs terres. Le voici à peu près tout entier :

« Le grand commandement du christianisme consiste en l'amour de Dieu et du prochain , et le chrétien fait connaître qu'il est digne d'un si grand nom lorsqu'il pratique la charité envers les misérables. C'est une obligation commune à tous selon leur pouvoir, mais qui regarde plus particulièrement ceux qui possèdent les grandes terres et les grands revenus,' car, s'ils ont droit de les posséder et de les perccA^oir, ils sont aussi obligés d'assister ceux qui sont dans la nécessité, étant très véritable ce qu'a dit autrefois un grand Père de l'Eglise , que celui-là est homicide du pauvre qui ne le nourrit pas en ayant le pouvoir : Non pavisti, occidisti.

« Ceux donc qui, dans la très grande nécessité pré-

sente, voudront s'acquitter de ce devoir envers les pauvres pourront se servir de cette petite instruction , laquelle a été déjà pratiquée très utilement par quelques personnes aussi illustres par leur piété qu'elles le sont par leur condition.

xa D'abord il est à propos que le seigneur aille luimême visiter les pauvres de ses villages pour s'informer de leur vraie pauvreté, et dresser un Mémoire, lequel contiendra le nom et l'âge des pères et mères de famille et le nombre et l'âge de leurs enfants.

((Si les pauvres sont malades, le seigneur du lieu y pourvoira selon sa prudence. Dans le cas où ils ne pourraient être assistés par personne, par exemple, s'il n'y avait pas de Charité dans le pays, il donnera ordre que quelque chirurgien, apothicaire ou médecin, selon la commodité du lieu, aille visiter lesdits malades pour les panser et leur fournir les médicaments selon leur besoin.

ce Pour ce qui regarde la nourriture , il aura soin de leur en faire fournir deux fois la semaine à raison de demi-livre de viande et une livre de pain ou cinq quarterons pour chaque malade par jour.

(( Lorsqu'ils pourront travailler, il faudra faire en sorte de leur donner de l'ouvrage dans les saisons où ils n'en peuvent trouver ; comme serait de remuer et porter des terres, qui est le travail dont presque tous les villageois sont capables, même dans la caducité.

ce Que s'il trouvait un enfant orphelin et abandonné , le seigneur prendra un soin particulier de son éducation, instruction et nourriture.

(( Le même esprit de Dieu qui l'aura porté à cette assistance des pauvres ne lui fera pas négliger le soin des églises , de ses paroisses, lequel s'étendra à faire en sorte que les paroissiens rendent le respect qu'ils doivent à leur pasteur. Que le revenu des fabriques soit

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