‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 185 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE III

fidèlement administré, et les églises ornées avec décence.

« Ce même esprit le rendra vigilant auprès des juges pour réprimer les méchants et donner courage aux bons ; terminer les procès et querelles ; faire exécuter les ordonnances contre les blasphémateurs du nom de Dieu; empêcher, tout autant qu'il pourra, les cabarets ; punir les ivrognes et faire au moins que les cabaretiers ne reçoivent personne pendant le service divin ; châtier les femmes débauchées et les chasser hors de leurs terres , et enfin faire en sorte que Dieu soit servi en toute piété et tranquillité ^. »

(Voilà le programme que saint Vincent de Paul donnait aux seigneurs du xvn® siècle. Dans sa pensée, un seigneur devait être en petit sur ses terres ce qu'était le roi dans son royaume : l'évêque extérieur, le ministre de Dieu pour le bien. Les temps ont changé, les conditions sociales se sont modifiées, mais les devoirs restent. Les grands propriétaires dans leurs domaines , les patrons des grandes usines, successeurs des seigneurs d'autrefois., seraient bien coupables s'ils ne se sentaient pas astreints aux mêmes obligations, agrandies encore par le trouble des esprits et les défaillances de la foi.^

Les é^nements politiques ajoutaient aux misères ordinaires des infortunes encore plus dignes de pitié. Saint Vincent de Paul apprit tout à coup par M. de Renty qu'il y avait dans les mansardes de Paris une foitle de nobles lorrains , dépouillés et chassés de leur pays par la guerre, et qui, cachant leur dénuement

1 S'il n'est pas démontré que cette Instruction soit l'œuvre de saint Vincent, il est certain du moins qu'elle expi'ime parfaitement les idées qui lui étaient familières. Revoie et corrigée sur l'expérience et imprimée pour la seconde fois à Paris, au mois d'avril 1660. (Bibliothèque Sainte -GenevicA^e, Paris.)

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aA^ec la plus noble fierté , y vivaient dans un état de pauvreté extrême , plusieurs , à la lettre , y mourant de faim. Sur un mot de notre saint, l'assemblée des hommes du monde vota les fonds nécessaires , et chargea plusieurs de ses membres, M. de Renty à la tête, de se mettre à la recherche de ces nobles infortunes. On découvrit des choses navrantes. « Sur leur rapport, les seigneurs de l'assemblée se cotisèrent et firent le fond d'un mois. Le mois écoulé, ils retournèrent à Saint- Lazare et se taxèrent pour un mois encore ; et ainsi de suite, de mois en mois, pendant près de vingt ans, sans que leur ardente charité , réchauffée sans cesse par Vincent de Paul, se refroidît jamais *. »

En même temps commençaient à affluer à Paris une le de seigneurs, de nobles, de prêtres, de religieux, que chassaient d'Ang-leterre , d'Ecosse, d'Irlande, ces commotions religieuses et politiques qui allaient aboutir à l'échafaud de Charles P^, Pouvait-on les abandonner? Et si obéré qu'on fût par tant de chargées , n'était-ce pas à la fois un devoir de chrétien et une sorte de point d'honneur de leur venir en aide ? Des membres de l'assemblée furent chargés de l'enquête et de la distribution des secours. M. de Renty fut encore ici au premier rang. « Tous les mois, à pied, ordinairement seul, il partait aux quartiers de Paris les plus éloignés, que sa charité et sa mortification avaient choisis pour son département^^jteuivant les instructions de Vincent et les habitudes que le saint inspirait à tous les distributeurs d'aumônes, entrant dans la chambre des réfugiés anglais, il les saluait avec une compassion polie et une tendresse respectueuse, et les priait humblement d'accepter le rouleau qui contenait leur rétribution mensuelle. Un jour quïl s'était fait accompagner exceptionnellement d'un de ses amis, il lui dit au retour :

1 Maynard; t. IV, ^. ^.... ,

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