‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 188 sur 394 · LIVRÉ III. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRÉ III. — CHAPITRE III

de tester, d'hériter, et/en 1 empêchant de jamais rentrer dans le monde , la protég^eait contre sa propre inconstance. L'Eglise avait accepté avec reconnaissance ces mesures prises par l'Etat pour la paix et l'honneur de la vie relig'ieuse, et, en s'en emparant, elle les avait transfigurées. Ces maisons, elle les avait faites A'^énérables comme des sanctuaires, douces et aimables comme des foyers. Ces grilles qui les enveloppaient, c'étaient les barreaux d'une prison , il est vrai , mais d'une prison volontaire dans laquelle l'amour de Dieu jetait et retenait captives les âmes divinement appelées à la vie religieuse. Ces vœux, c'étaient les clous qui les attachaient à la croix avec Jésus-Christ pour la rédemption du monde. Si bien que, dans l'esprit des chrétiens, plus haut que l'idéal de l'épouse, de la mère, de la pieuse jeune fille, il y avait la vierge consacrée à Dieu, hostie volontaire pour les péchés des hommes , et puisant dans ses vœux sacrés une union avec Jésus -Christ et une puissance d'intercession qui en faisait même pour la société civile une sorte de paratonnerre.

Aussi à peine les premières filles de la Charité furent réunies en congrégation , que ce grand idéal des vœux religieux se dressa devant elles comme une tentation.

Pourquoi ne pas faire des vœux? Pourquoi ne pas ajouter aux bonnes œuvres auxquelles elles allaient s'appliquer le bonheur et le mérite d'y être consacrées par des vœux irrévocables ? Saint Vincent de Paul entendait et faisait la sourde oreille. Car quels vœux? des vœux solennels ? Mais , d'après les lois de l'Eglise et les constitutions du royaume, ces vœux solennels emportaient l'entière clôture. Dès lors que devenait le service des pauvres ? Des vœux simples ? Mais , s'ils étaient perpétuels, que d'inconvénients ! Comment envoyer dans les mansardes des pauvres des filles liées par des vœux perpétuels , mais non protégées par le pouvoir civil, qui dès lors pourraient abandonner leurs

vœux, se marier et très validement, ce qui serait un scandale affreux pour le peuple et une tentation perpétuelle pour les religieuses. C'étaient là les raisons que Mê''^ le cardinal de Marquemont , archevêque de Lyon , avait fait valoir à saint François de Sales, et qui avaient amené celui-ci à modifier si profondément les plans de la Visitation.

Saint François de Sales avait cédé, et, à la manière d'un grand peintre qui , contraint d'abandonner un superbe idéal, en réalise aussitôt un second non moins parfait, il avait substitué les sœurs cloîtrées de la Visitation aux filles de la Charité qu'il avait voulu fonder. Mais depuis lors vingt ans s'étaient écoulés. La nécessité du service des pauvres par des sœurs consacrées à Dieu avait mûri. Saint Vincent de Paul était décidé à ne pas céder. Ou ses filles ne feraient aucun^œux, ou ces vœux, de quelque nature qu'ils fussent, ne les empêcheraient pas de visiter les pauvres. Il respectait, il vénérait les sœurs cloîtrées ; mais lui ne voulait pas de cloître. La porte des maisons qu'il se proposait d'établir serait une porte à deux battants ouverte jour et nuit. C'était là le premier trait de la constitution qu'il voulait donner à ses Filles.

Quand on lit ses lettres, ses discours, on voit qu'il est hanté par la pensée de ce qui est arrivé à saint François de Sales. Il prend les précautions les plus minutieuses pour que rien de pareil ne lui arrive.

« D'abord on a jugé à propos que le nom de confrérie ou société vous demeurât, par la crainte que si on vous eût donné à la place le nom 'de congrégation, il ne s'en trouvât parmi vous , dans le temps à venir, qui voulussent changer la maison en cloître et se faire religieuses, comme ont fait les filles de Sainte -Marie*. — Dieu a permis que de pauvres filles succédassent aux

' Conférences aux Filles de Charité, t. II, p. 92.

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