‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 190 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE III

gieuses ; mais que , si vous Tétiez , il faudrait que vous fussiez enfermées, et que par conséquent il faudrait dire : Adieu le service des pauvres. S'il vous demande : Faites-vous vœu de religion? dites-lui : «Non, Monsei' « gneur, nous nous donnons à Dieu pour vivre en « pauvreté, chasteté, obéissance pour un an^ »

Tout ce type nouveau, original, il l'a créé en dépit de tout et résumé dans ce mot célèbre : « Les filles de la Charité auront pour monastère la maison des malades , pour cellule une chambre de louage , pour chapelle l'église de la paroisse, pour cloître les rues de la ville ou les salles des hôpitaux, pour clôture l'obéissance, pour grilles la crainte de Dieu, et pour voile la sainte modestie^. »

La Providence a souri à cette sainte hardiesse. Non seulement les filles de la, Charité, mais presque tous les nouveaux ordres religieux de femmes depuis trois cents ans ont accepté cette règle et donnent au monde un spectacle incompréhensible. Chaque année, plusieurs milliers de religieuses en France sont libres, leurs vœux sont finis, ils expirent à minuit. Imaginez un pareil spectacle : des milliers de religieuses libres de rentrer dans le monde, de se marier si elles le veulent; et le lendemain matin à sept heures, à la messe, toutes reprennent librement et généreusement les chaînes qui étaient tombées d'elles-mêmes et qu'elles n'avaient pas même eu la peine de délier. Demandons-le aux détracteurs de la vie religieuse, y a-t-il beaucoup de serments qu'on pourrait soumettre à une pareille épreuve?

Dans cette tentative hardie et qui a si parfaitement réussi, il y avait pourtant un péril : c'était d'affadir la vie religieuse, en la débarrassant des entraves qui ne la contraignent que pour la faire jaillir plus ardente.

i Conférences aux Filles de Charité, t. I, p. 261, 2 Rècfle, ch. I, § 2.

Saint Vincent de Paul en était préoccupé , et une partie de ses conférences aux filles de la Charité est employée à leur sig-naler ce danger, et à leur apprendre à réviter.(Tantôt il leur disait : « Vous n'êtes pas religieuses , et vous ne pouvez pas Têtre à cause de vos pauvres; mais vous devez être plus saintes que des religieuses. Pourquoi? parce que vous avez plus d'occasions, parce que vous avez moins de secours; parce que, si vous n'êtes pas des saintes, vous êtes perdues inévitablement^. » Tantôt il leur disait : « Vous n'avez point de grilles pour vous préserver des périls du dehors; c'est à vous à vous faire des grilles intérieures qui vous protègent mieux que tous les barreaux. Comprenez bien ce mot de vos règles : Elles auront pour clôture l'obéissance. «lUn jour qu'il interrogeait successivement plusieurs--'sœurs sur ce sujet, l'une d'elles lui répondit : « Monsieur, comme les religieuses ont leur cloître et que nous n'en avons point, il faut que l'obéissance nous en serve; autrement nous serions en danger de commettre un grand nombre de fautes. — Mon Dieu , que c'est bien dit ! Ah ! que c'est bien dit ! Quoi donc , ma fille ! vous estimez que l'obéissance vous doit retenir autant que le sont les religieuses par le moyen de leur cloître? — Oui, Monsieur, et bien que nous ne soyons pas renfermées , nous ne laissons pas d'être autant obligées à l'obéissance que les religieuses. — De sorte, mes filles, que l'obéissance vous serve de muraille. Voilà qui est beau de voir une fille servir les malades dans une paroisse, et vivre comme une religieuse cloîtrée ! Si cette fille était à elle-même et dans l'indépendance, elle ne ferait point de difficulté d'aller parfois dans un lieu , et ensuite dans un autre , de faire des visites, d'aller chez une dame de sa connaissance et de s'arrêter plus que de besoin dans les.

1 Conférences, t. I, p. 584.

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