‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 193 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE III jîo · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE III jîo

la crucifiait en lui parlant de sa noblesse ; au contraire, elle rayonnait de joie au milieu des pauvres, les servant comme elle aurait servi Jésus-Christ, et disant souvent qu'elle ressentait plus de contentement quand elle avait été voir ses pauvres , que si elle avait reçu une visite de ses parents * .

Nommons encore Marie LuUen , d'une pieuse famille du Mans. Sa dévotion était d'adorer Jésus-Christ dans la personne des pauvres. Elle les suivait dans la rue comme on suit un crucifix. Rencontrait -elle un petit enfant pauvre , elle lui baisait les pieds , disant qu'elle pensait baiser les pieds du petit Jésus.

« Dieu soit béni ! dit M. Vincent en entendant raconter ce fait, cette bonne fille avait bien raison de croire baiser les pieds de l'enfant Jésus. Oh ! que cette simplicité lui était agréable ^ ! »

Plusieurs autres sœurs pourraient être citées ici,-; mais nous avons hâte d'arriver à Jeanne Dallemag-ne-, qui , avec Barbe Engiboust , prit part certainement à la consécration du 25 mars. Entrée en 1638, elle ne passa guère que six ans dans la compagnie. Elle y avait été amenée toute jeune par une inspiration particulière, malgré les bonnes mères Carmélites, qui désiraient la garder parmi elles; malgré la princesse de Condé (Charlotte de Montmorency), qui lui offrait une dot pour entrer dans quelque couvent qu'elle voudrait; mais elle ne voyait nulle part les pauvres servis et aimés comme elle le désirait, et c'est ce qui la mena à saint Vincent de Paul. Elle mourut toute jeune en odeur de sainteté, exténuée de fatigues et de dévoue ment.

« Oh ! que de vertus, mes sœurs ! disait saint Vincent de Paul en parlant d'elle. Vraiment nous avions un

* Conférences, t. II, p. 581.

2 Ibid., p. 583.

grand trésor en cette fille ; combien nous avons perdu ! et Dieu veuille que ce ne soit point les péchés de moi , misérable pécheur, qui en soient la cause ' . »

Les vertus qui jetaient ce grand saint dans une telle admiration , c'était la profonde humilité de cette sœur jointe à un savoir-faire extraordinaire. Elle disait sans cesse : « Je ne sais rien faire de bien. » Et ce qu'elle entreprenait par obéissance était extraordinairement bien fait. En dix-huit mois, une sœur qui travaillait avec elle déclara qu'elle ne lui avait jamais vu une imperfection.

« Oh ! mes filles , dit saint Vincent de Paul , voilà qui est bien admirable, et Dieu soit béni ! qu'en dix-huit mois on n'ait pu remarquer une imperfection en une fille! C'est ce que je n'ai encore entendu de pas une autre ^.w

Atteinte d'une g-rave maladie qui la conduisit au tombeau, elle disait qu'elle n'avait qu'un regret si elle mourait, qui était de n'avoir pas bien servi les pauvres, et que si Dieu lui redonnait la vie et la santé elle les servirait mieux que jamais. Sortant d'une faiblesse, elle fit un effort pour parler, et, regardant les sœurs, elle leur fit entendre qu'elles étaient bien heureuses d'être appelées au service des pauvres et leur dit de les mieux servir qu'elle ne l'avait fait^. C'était bien son humilité qui lui dictait de telles paroles , car elle était d'une délicatesse infinie avec les pauvres. Un jour, comme la sœur économe à laquelle elle demandait du pain pour ses pauvres lui avait répondu : a Ma sœur, voilà du pain dur, donnez-le-leur. — Oh! non, ma sœur, reprit- elle, je le mangerai bien; il ne faut rien donner à Dieu que de bon*. » Et son courage surpassait encore sa délicatesse. On le vit dans les soins qu'elle donna à une pauvre fille toute mangée d'é-

1 Conférences, t. I, p. 161.

2 Ibid., p. 166.

3 Ibid.

^ Ibid., p. 169.

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