‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 194 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE m · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE m

crouelles, et si horrible à voir et à sentir, qu'elle en défaillait de dégoût ; mais elle se relevait aussitôt en disant gracieusement : « ma fille, pardonnez à ma mauvaise nature ^ »

« Hélas! mes sœurs, quand je la confessai la dernière fois (je puis vous dire cela pour votre édification et sans rompre le sceau de la confession ) , elle crut se devoir accuser de la satisfaction qu'elle avait dans ses souffrances. Je vous promets, mes sœurs, que j'ai bien vu des vies de saints, mais peu qui surpassent celle-ci en l'amour de Dieu et du prochain.

« Et la dernière fois que je la vis, je lui dis : « Eh a bien! ma fille, dites-moi maintenant quelle aimeriez- « vous avoir été en votre vie, ou une grande dame, ou « bien fille de la Charité. » Cette bonne sœur, ne pouvant presque plus parler, me dit : « Fille de la Cha- « rite. » — Oh ! bonne parole, qui nous montre, mes sœurs, que la condition des filles de la Charité est plus grande que toutes les grandeurs du monde ! et qui en doute, puisque d'être fille de la Charité, c'est être fille de Dieu ^ ? »

(On voit de quelle trempe étaient les âmes qui se groupaient autour de saint Vincent de Paul , sous l'humble habit des filles de la Charité. Désormais la misère peut grandir encore , la guerre , la peste , la famine, déchaîner sur la France leurs plus odieuses fureurs : saint Vincent de Paul a sous la main une armée capable, sinon de détruire la misère, qui, hélas ! est indestructible comme l'humanité, du moins de la secourir, d'en adoucir les crises les plus aiguës, et quand on ne peut pas même la soulager, car cela arrive souvent, de la consoler en l'embaumant de tous les parfums de la résignation et de l'espérancêD

1 Conférences , t. I, p. 168.

2 Ibid., p. 158 et suiv.

Page 1