‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 199 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE IV

« donc pitié de nous , nous croupissons dans le péché , « l'ignorance et les ténèbres. Nous n'avons besoin, « pour en sortir, ni de versions syriaques, ni de verce sions latines. Votre zèle et le mauvais jargon de nos « montagnes vous suffira ; sans cela nous sommes en « grand danger de nous perdre ^ » Paroles admirables, marquées au coin de la vraie sagesse, d'où il ne faudrait pas conclure que saint Vincent de Paul ne comprenait pas le rôle de la science dans l'Eglise. Il la tenait en haute estime et en absolue nécessité. Mais la mission de sa petite compagnie était tout autre. Il ne s'agissait pas de fonder des collèges , des universités , il y en avait assez ; ni de préparer à l'Eglise des savants , des docteurs , il y en avait assez ; mais de créer ce qui manquait absolument , des docteurs pour les pauvres , et des apôtres pour les campagnes.

En même temps que saint Vincent de Paul maintenait ainsi nettement, énergiquement , le vrai but de la mission, il s'appliquait à lui fournir des moyens de l'atteindre. Dans ce but, il posa d'abord en principe et d'une manière définitive que jamais ses missionnaires ne prêcheraient dans les villes , et qu'ils réserveraient tous leurs soins pour les bonnes gens des campagnes. Vainement les évoques les plus zélés demandaient au saint des prêtres de la Mission pour prêcher dans leurs villes épiscopales, vainement Louis XIII et la reine Anne d'Autriche en réclamaient pour donner des missions à Reims ou à Metz. Saint Vincent de Paul s'inclinait humblement et répondait que sa chétive petite congrégation n'était faite que pour les pauvres, et que sa première règle était de ne jamais prêcher dans les villes. « Oh! Monsieur, répondait la reine, je ne le savais pas ; mais croyez que je ne demanderai jamais à vos prêtres rien de contraire à leurs règles. »

* Lettres, t. I, p. 84, n" 73.

Par cette même raison que les missions n'étaient destinées qu'aux pauvres , saint Vincent de Paul posait comme seconde règ-le qu'elles seraient toujours gratuites. On ne demanderait rien aux pauvres curés de campagne. On n'accepterait qu'avec peine ce que les seig-neurs voudraient bien offrir. A part le logement et les meubles nécessaires, les missionnaires apportaient avec eux de quoi subvenir à tous leurs frais. Déjà on commençait à les voir, dans les hautes montagnes de la Savoie, porter jusqu'à leur lit à dos de mulet, traîner sur une charrette leurs petites provisions , et s'installer pendant tout le temps de la mission dans une grange ou dans un grenier, où leur pauvreté, leur piété, leur dévouement, ravissaient ces populations naïves, peu habituées à de tels spectacles. Pour assurer la fécondité de ses missions, le saint voulait que, malgré leur petit nombre, les missionnaires fussent au moins deux, quelquefois trois et même davantage, estimant qu'un homme, si éminent fût-il, ne pouvait pas, s'il était seul, remuer profondément une population ; et par la même raison il conseillait à ses prêtres de demeurer un mois et même deux ou trois dans le même pays, d'où ils rayonneraient dans toute la contrée. « Sans un long et sérieux séjour des missionnaires, que sont les missions ? disait-il, feux de pailles. C'est un éclair dans l'obscurité. « En même temps que saint Vincent de Paul prenait des mesures pour que ses missionnaires ne s'occupassent que des pauvres, il leur apprenait à parler aux pauvres, à avoir , chose délicate et difficile , une parole simple , claire, pratique, populaire et toujours noble, instructive et cependant émue , à la portée de toutes les intelligences, et allant au fond des âmes. Elle doit être partout ainsi , même dans les plus brillants auditoires , et la vraie éloquence n'est qu'à ce prix. Combien plus au milieu des auditoires simples des campagnes ! Dans ce but, il rédigea dès les premiers jours une méthode

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