LIVRE III. — CHAPITRE IV
de prédication populaire qu'il appela la Petite Méthode j qu'on nomma depuis la prédication à la missionnaire, à l'apostolique, et sur laquelle on nous permettra de nous arrêter un peu , car elle fut la grande arme de la compagnie à ses premiers débuts, le levier nouveau avec lequel elle souleva les campagnes.
(( Cette méthode, dit saint Vincent de Paul, c'est que nous y allons tout bonnement dans nos discours, le plus simplement qu'il se peut, tout familièrement; de sorte que jusqu'au moindre de nos auditeurs puisse nous entendre , sans toutefois se servir de langage corrompu ni trop bas, mais de celui qui est d'un usage commun, simple, net, et ainsi recherche la commodité et les avantages des auditeurs ; elle instruit, elle échauffe, elle détourne aisément du vice, elle persuade l'amour de la vertu , et produit les meilleurs effets partout où elle est bien employée. Voilà en quoi consiste précisément et principalement la méthode. » Laissons donc de côté tout cet appareil de science, d'érudition qui encombrait la prédication de cette époque , dont le peuple n'a pas besoin et qu'il ne comprend pas.
Le saint voulait que ses missionnaires entrassent tout de suite dans le fond même du sujet. Pourquoi croire telle vérité , pratiquer telle vertu ? En quoi consistent cette vérité et cette vertu ? quels moyens d'y arriver ? « Tout se réduisait à cela, disait-il. Suivant cette méthode, en premier lieu, l'on fait voir les raisons qui peuvent toucher et porter l'esprit à détester les péchés et vices, et à rechercher les vertus. Mais ce n'est pas assez de me déclarer les grandes obligations que j'ai d'avoir une vertu, si je ne sais ce que c'est que cette vertu , ni en quoi elle consiste principalement : et voilà le second point qui fait tout cela. Car, selon notre méthode, après les motifs qui doivent porter nos cœurs à la vertu , on fait voir en second lieu en quoi elle consiste. Vous tirez le rideau, et vous découvrez pleine-
ment l'éclat et la beauté de cette vertu. Or, sus, je vois bien maintenant, ce me semble, combien elle est belle et désirable ; mais , Monsieur, combien elle est difficile ! Gomment y parvenir, et comment voulez-vous que je fasse une chose, bien que je sache que j'en ai grand besoin et que je la veuille faire, si je n'ai aucun moyen pour cela? Donnez à cet homme les moyens d'arriver à cette vertu ( qui est le troisième point de la méthode) : oh ! le voilà satisfait , il ne reste plus rien à lui dire. »
Après ces quelques mots, saint Vincent de Paul montrait que cette méthode si facile est simple, naturelle, conforme aux lois de l'esprit humain, et qu'on en use partout ainsi , dans les plus petites comme dans les plus g-randes choses. Il éclaircissait cela par un exemple : « Vous voulez porter un homme à désirer la présidence d'une cour: qu'est-ce qu'on emploie à ce sujet? Il ne faut que lui représenter les avantages et le grand honneur qui accompagnent cette charge : Un président , Monsieur, c'est le premier de la ville ; tout le monde lui cède le devant et le haut du pavé ; il n'y a personne qui ne l'honore ; son autorité lui donne un grand crédit dans le monde. Oh ! Monsieur, un président ! il ne cède pas à un évêque ; les souverains mêmes leur défèrent et les ont à grand honneur. Un président ! il peut obliger, faire plaisir à qui bon lui semble, s'acquérir un bon nombre d'amis , se faire considérer partout, etc., et ainsi on lui dit les autres avantages qu'il y a d'être président, et d'abord vous le voyez brûler du désir d'avoir cette belle dignité. Mais le contente-t-on avec cela? Point du tout, il faut en venir là. Qu'est-ce que c'est que l'office de président? en quoi consistet-il ? Que faut-il faire dans cette charge ? Vous êtes le premier officier de la justice, de ce grand et honorable corps, vous en êtes le chef, vous distribuez les affaires, c'est vous qui recueillez les voix des autres et qui pro-