LIVRE III. — CHAPITRE IV
mes péchés 1 Oh I Sauveur, pardonnez à ce misérable pécheur qui gâte tous vos desseins. »
Et non seulement la méthode pompeuse, comme il disait, ne produit pas de tels fruits , mais , grand Dieu I qu'elle est dangereuse pour ceux qui s'en servent ! Combien elle produit la vanité et engendre l'orgueil ! Et non seulement stérile et vaine, mais c'est une duperie.
<( Qu'est-ce que c'est que toute cette fanfare? Quelqu'un veut-il montrer qu'il est brave rhétoricien, bon théologien? Chose étrange, il en prend mal le chemin. Peut-être sera-t-il estimé de quelques personnes qui n'y entendent guère ; mais, pour acquérir l'estime des sages et la réputation d'un homme éloquent, il faut savoir persuader l'auditeur et le détourner de ce qu'il faut qu'il évite. Or cela ne consiste pas à trier ses paroles , à bien agencer les périodes , à exprimer d'une manière peu commune la subtilité de ses conceptions, et à prononcer son discours d'un ton élevé, d'un ton de déclamateur qui passe bien haut par- dessus. Ces sortes de prédicateurs obtiennent -ils leur fin? Persuadent-ils fortement l'amour de la piété ? Le peuple estil touché et court-il après cela à la pénitence? Rien moins, rien moins ; et voilà cependant les prétentions de ces grands orateurs : acquérir de la réputation, faire dire au monde : « Vraiment , cet homme débite bien , il « est éloquent, il a de belles pensées, il les exprime u agréablement. » Voilà à quoi se réduit tout le fruit de leurs sermons. Vous montez donc en chaire, non pas pour prêcher Dieu, mais vous-même ! et vous vous servez ( oh ! quel crime ! ) d'une chose aussi sainte que la parole de Dieu pour nourrir et fomenter votre vanité. Oh 1 divin Sauveur !
« On dit : Cette méthode est bonne. Sans doute ; mais les autres ne sont- elles pas aussi bonnes que celle-là? Nous voyons tant de doctes et excellents pré-
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dicateurs qui ne connaissent pas notre méthode, et qui ne laissent pourtant pas faire de grands fruits et de prêcher fort bien. — Sans doute, réplique le saint, Dieu peut se servir de toute méthode ; il peut prendre des pierres et les employer pour faire des enfants d'Abraham ; mais avec cela , Messieurs , combien en voyons -nous qui se convertissent par toutes ces méthodes ! Nous avons l'expérience de la nôtre ; mais de celle de la mode , vous avez l'expérience du contraire , elle passe toujours par-dessus, ne touche que la superficie, un peu de bruit, et qu'est-ce que cela en comparaison des fruits que produit notre Petite Méthode ?
« Et ne vous persuadez pas, Messieurs, que cette méthode ne soit que pour la campagne, pour le menu peuple, les paysans ; elle est à la vérité excellente , très excellente pour le peuple ; mais elle est aussi bien efficace pour les auditeurs plus capables , pour les villes , dans Paris même. Dans la mission qui fut faite à Saint- Germain , le monde y accourait de toutes parts. On y venait de toutes les paroisses, et des personnes de condition, des docteurs même. On ne prêcha à tout ce grand monde que suivant la Petite Méthode. Ms^ l'évêque de Boulogne, qui portait la parole, n'en eut jamais d'autre; et quels fruits ne fit -on pas? Dieu, quels fruits ! On fit des confessions générales aussi bien que dans les villages , et ce fut avec grandes bénédictions. Or sus. Dieu soit béni! vit -on jamais tant de monde converti par toutes ces prédications raffinées? Gela passe par-dessus toutes les maisons ; toute la conversion qui s'y fait, c'est que les auditeurs disent: « Oui, cet homme en sait long, il dit de belles choses. «
« Mais disons davantage, la Petite Méthode est bonne pour la cour ; déjà deux fois la Petite Méthode a paru à la cour, et, si je l'ose dire, elle y a été bien reçue. Il est vrai que la première fois il y eut de grandes oppositions ; nonobstant on y fit grand fruit ; M?"^ l'évêque