LIVRE m. — CHAPITRE IV
d'Alet y portait la parole ; par la grâce de Dieu l'on vint à bout de toutes les oppositions avec la Petite Méthode, et la seconde fois, un des nôtres portait la parole, M. Luytre. Dieu merci ! il n'y eut aucune opposition ; la Petite Méthode, à misérable! je l'ose dire, la Petite Méthode y triompha, on y vit des fruits merveilleux.
« Je ne pense pas qu'il y ait maintenant rien qui nous empêche de prendre cette méthode de prêcher. Sera-ce le plaisir? mais elle nous fait prêcher avec plus de satisfaction que toutes les autres méthodes. Quel plus grand 'plaisir, en effet, peut avoir un prédicateur que de voir ses auditeurs venir à lui, fondre en larmes, comme il est arrivé souvent à vous-mêmes? N'est- il pas vrai que souvent vous voyez votre auditoire pleurer, et que, quand vous voulez partir, il faut vous dérober? On court après vous, n'est-il pas vrai, Messieurs? Dites-nous, je vous prie, s'il en est ainsi. — Oui, Monsieur, l'on ne sait comment faire, comment partir pour se défaire du monde , etc. — Oh ! Sauveur, on nous donne les mêmes louanges que l'on a données à Jésus- Christ ! Bienheureux, dit-on aux missionnaires, les ventres qui vous ont portés ! Quand ils partent, on crie après ; « Bienheureuses les mamelles qui vous ont « allaités. Oh ! que vos mères sont heureuses ! » Et qu'a-t-on dit davantage du Fils de Dieu ? On dit toutes ces louanges, et beaucoup d'autres qui vous importunent , aux missionnaires , mais aux missionnaires quand ils se servent de la Petite Méthode.
a Mais cette méthode, elle est si basse ! que dira-t-on de moi de prêcher toujours ainsi? pour qui me prendra-t-on ? A la fin chacun me méprisera, je perdrai mon honneur. Vous perdrez par là votre honneur ! Oh ! en prêchant comme Jésus-Christ a prêché , vous perdrez votre honneur ! Quoi ! c'est perdre son honneur de parler de Dieu comme le Fils de Dieu en parle ! J'aimerais au-
tant dire que Jésus-Christ , lui qui était la sagesse éternelle, n'a pas bien su traiter sa parole, qu'il ne s'y entendait pas bien. Oh ! quel blasphème I Un jour, je demandais à M. V*** : (( Mais, « Monsieur, dites -moi, « s'il vous plaît , comment faisait saint Vincent Ferrier, « qui attirait tant de monde de toutes parts, qu'il fal- « lait faire suivre des convois de vivres? » Il me ré- « pondit: Ce grand homme prêchait dans la simplicité, « familièrement, se faisant bien entendre de tout le « monde. »
« simplicité ! tu es donc bien persuasive. Vive donc la simplicité qui fait des. miracles ! Vive la sainte simplicité, la Petite Méthode y qui est la plus excellente, et celle par laquelle on peut acquérir le plus d'honneur, persuadant bien l'esprit sans toutes ces clameurs qui ne font qu'importuner ! Oh ! Messieurs , cela est tellement vrai , que si un homme veut passer pour un bon prédicateur dans les églises de Paris et à la cour, il faut qu'il prêche de la sorte , sans nulle affectation ; et l'on dit de celui qui prêche ainsi : (( Cet « homme fait des merveilles, il prêche à la mission- « naire, il prêche en apôtre. » Pour bien prêcher on dit donc qu'il faut prêcher comme nous, et M. N*** me disait qu'à la fin il faudrait en venir là. Oh ! mon Dieu, vous avez donc fait cette grâce à la petite et chétive compagnie, de lui inspirer une méthode que tout le monde veut suivre, et nous vous en remercions de toutes nos forces^. »
Ainsi la vive intelligence et le large bon sens de saint Vincent de Paul stigmatisait la fausse éloquence, faisait voler en éclats les vaines objections des prédicateurs mondains , et préparait le triomphe de la grande et sérieuse parole chrétienne, telle que Bossuet devait en laisser d'inimitables exemples : simple , naturelle , à
' Avis et Conférences , p. 138 et suiv.