‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 204 sur 394 · LIVRE III. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE III. — CHAPITRE IV

la portée de toutes les intellig'ences et pénétrant jusqu'au fond des âmes.

Cependant, si puissante que fût la prédication, grâce à la méthode populaire de saint Vincent de Paul , elle ne pouvait pas suffire à assurer le plein succès d'une mission au milieu des pauvres g"ens des campagnes; une lettre que reçut saint Vincent de Paul lui indiqua un point faible dans Faction de ses missionnaires.

« Tout le monde demeure d'accord que le fruit qui se fait à la mission est par le catéchisme , et une personne de qualité, disant dernièrement cela, ajouta que les missionnaires s'étudiaient tous à bien prêcher, mais qu'ils ne savaient point faire le catéchisme, et dit cela en ma présence et en celle d'une bonne compagnie. Au nom de Dieu, Monsieur, ajoute saint Vincent de Paul, avertissez de ceci la compagnie de de -là : ma pensée est que ceux qui travailleront doivent, l'un faire le grand, l'autre le petit catéchisme; car, comme j'ai dit, on remarque que tout le fruit vient de là * . »

Cette lacune indiquée à saint Vincent de Paul fut bien vite comblée. Des leçons furent données à Saint- Lazare aux jeunes séminaristes, et désormais nulle mission n'eut lieu sans être accompagnée de grand et de petit catéchisme. Les missionnaires appelaient à eux les enfants de la paroisse, les instruisaient avec soin, et avant d'achever la mission, innovation heureuse, ils leur faisaient faire tous ensemble et publiquement leur première communion. Une procession solennelle, où les enfants étaient vêtus de blanc et « transformés en anges » , achevait et couronnait la cérémonie. Cette précieuse initiative ne triompha pas sans difficultés. Autant elle excita d'enthousiasme dans les uns, autant elle provoqua d'oppositions dans les autres; mais, grâce à la fermeté et à la sagesse de saint Vincent de

i Lettres, t. I, p. 188, n» 184.

Paul , elle finit par triompher pour le plus grand bien de l'Église de France. « Monsieur, écrivait saint Vincent de Paul à un de ses prêtres qui donnait une mission aux environs de Paris, j'ai été consolé de voir dans votre lettre que M. le curé s'est un peu relâché de la résolution de ne point souffrir la communion des enfants. J'espère qu'il se rendra tout à fait, si vous avez soin de lui représenter : 1° qu'il a été toujours pratiqué dans toutes les missions que nous avons faites, lorsqu'ils sont bien instruits et en état de se bien préparer à la communion, laquelle sert par après de disposition à bien faire les autres; 2° que c'est un des principaux moyens que nous ayons pour toucher les personnes plus âgées , qui ont le cœur dur et obstiné , lesquelles se laissent vaincre à cette dévotion des enfants et du soin qu'on prend après eux. Et à propos de ceci, on me mande de Gênes que Mêi^ le cardinal-archevêque a une telle affection à la communion des enfants, qu'il se trouve en la plupart , et y pleure de tendresse comme s'il était lui-même un enfant. Enfin l'expérience que nous avons de la bénédiction que Dieu donne à cette action doit servir de motif à mondit sieur le curé de l'approuver en sa paroisse. »

Et il ajoute avec beaucoup de sagesse, pour répondre aux objections : « Que s'il dit qu'il veut faire cela luimême et que pendant le Carême il les instruira pour les faire communier à Pâques , on lui peut répondre qu'il est vrai qu'il s'en acquittera bien mieux que nous, mais que ce que nous en ferons n'empêchera pas qu'il ne fasse alors la même chose. Que s'il craint que nous admettions à la communion des enfants qui ne soient pas assez instruits et n'aient les autres dispositions nécessaires, vous lui direz, s'il vous plaît, que notre coutume est de les examiner tous en la présence de MM. les curés, lesquels jugent eux-mêmes si on les doit recevoir à ce sacrement ou non. Que si enfin il

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