LIVRE III. — CHAPITRE IV 37S
trouve à redire à la solennité de la procession, on la fera le plus simplement qu'il se pourra , sans habiller certains enfants en forme d'anges , comme on a fait en certains endroits ; et en vérité cela ne me semble pas faisable. Je vous prie de lui bien représenter ces choses, et j'espère qu'il vous donnera toute liberté pour ce regard, sinon nous verrons avec la compagnie s'il est expédient de continuer la mission sans ladite communion ^ »
Après un peu d'agitation, les premières communions solennelles, dues à l'initiative de saint Vincent de Paul, tombèrent dans les mains des curés, auxquelles elles appartenaient de droit; ceux qui y étaient le plus opposés les établirent eux-mêmes, et elles se sont continuées jusqu'à nos jours comme une des grandes forces et une des plus pures joies de l'Eglise de France.
La mission se terminait d'ordinaire par la fondation et l'érection solennelle d'une Charité, soit parmi les hommes , soit parmi les femmes chrétiennes de la paroisse. Saint Vincent de Paul voulait qu'on en tentât l'essai même dans les plus petites paroisses , estimant , disait-il à ses prêtres, qu'appliquer les hommes et les femmes chrétiennes au service des pauvres était le meilleur moyen de conserver et d'assurer les fruits de la mission.
Gomment des missions si sagement conduites , données par des hommes si humbles, si détachés, voués exclusivement au service des pauvres, n'auraient -elles pas excité une émotion profonde ? Saint Vincent de Paul nous montrait tout à l'heure les populations s'attachant aux pas des missionnaires, accueillant leurs paroles avec des sanglots et des larmes, et leur criant : « Bienheureuses les entrailles qui vous ont portés ! »
1 Lettres, t. I, p. 501, n" 437.
Il fallait que les missionnaires s'en allassent de nuit , pour échapper aux étreintes qui voulaient les retenir. Les protestants eux-mêmes se sentaient attendris ; ils se convertissaient en grand nombre. Il est vrai que saint Vincent de Paul recommandait sans cesse aux missionnaires de tremper sept fois leurs lèvres dans la charité, d'attaquer les erreurs, jamais les personnes, de ne porter ni défis ni menaces aux ministres, et, dans des temps troublés comme ceux de la Ligue et de la Fronde, de ne faire jamais allusion aux événements politiques : conseils éminemment sages pour ce tempslà et pour tous les temps.
Entre tant de missions qui furent prêchées à cette époque , nulle ne fit plus de bruit que celle de Saint- Germain -en- Laye. Elle commença par une tempête et finit par des consolations insignes. Louis XIII et toute la cour étaient alors à Saint - Germain ; et pour cette raison le saint, qui fuyait l'éclat , eût bien voulu que la mission fût confiée à d'autres ; mais le roi ayant dit au saint qu'il voulait de ses missionnaires, il fallut, bon gré mal gré, céder à ses désirs. Les dames de la cour s'y portèrent en foule. On admira d'abord la simplicité et l'humilité des missionnaires. 'Ldi Petite Méthode j fut applaudie, mais bientôt on se blessa de leur sainte hardiesse.
« La mission de Saint -Germain, écrit saint Vincent de Paul, s'en va achevée avec bénédictions, quoique au commencement on ait eu sujet d'exercer la sainte vertu de patience. La fermeté contre les gorges découvertes a donné lieu à cet exercice de patience.
(( Le roi dit à M. Pavillon qu'il était fort satisfait de tous les exercices de la mission; que c'est ainsi qu'il fallait travailler, et qu'il rendrait ce témoignage partout. Celles qui ont fait le plus de difficultés au commencement sont maintenant si ferventes, qu'elles se sont mises de la Charité , servant les pauvres en leur