LIVRE III. — CHAPITRE IV
jour, et ont fait la quête par le bourg en quatre bandes : ce sont les filles de la Reine ^ »
A la suite de ces missions , il arrivait souvent que pour prolonger le bien qui avait été fait, pour conserver les missionnaires au milieu des populations qu'ils avaient évangélizées , on sollicitait de saint Vincent de Paul l'établissement d'une maison. Des seigneurs offraient une propriété , d'autres constituaient des rentes. Presque chaque année voyait se faire une fondation : Toul, en 1635; La Rose, en 1637; Richelieu, Luçon et Troyes , en 1638; Annecy, en 1639; Grécy, en 1641 ; Rome, en 1642; Marseille, Cahors, Sedan et Montmirail, en 1643 ; Saintes, en 1644, etc.. Il serait curieux de suivre dans les lettres de saint Vincent de Paul la naissance de chacune de ces maisons , ses soins pour les bien asseoir au point de vue matériel, ses préoccupations pour assurer leur avenir, au moyen de contrats bien faits, et jusqu'aux plus petits détails pour le bon entretien des murs et l'aménagement des jardins. Car saint Vincent de Paul traite de tout en homme d'une expérience consommée. Mais ce qui est plus beau encore et singulièrement instructif, c'est de le voir plaçant à la tête de chaque maison un supérieur choisi avec soin , l'aidant dans les difficultés , le consolant dans ses peines, le dirigeant avec un mélange admirable de douceur et de fermeté , et faisant éclater, dans ce maniement de caractères si divers et quelquefois si opposés , les plus rares qualités du vrai supérieur. Mais ceci nous entraînerait trop loin, et d'ailleurs nous en retrouverons quelque chose plus tard.
1^ Cependant saint Vincent de Paul désirait ardemment que sa petite congrégation fût approuvée par le roi et par le pape. M. de Gondi s'était chargé de présenter
^ Notice sur les prêtres, etc., compagnons de saint Vincent, t. I, p. 138.
la requête au roi et avait pleinement réussi. Dès 1627, Louis XIII avait donné des lettres patentes pour l'érection de la Mission ; mais croirait-on qu'il fallut attendre quatre ans pour que le parlement se décidât à les enregistrer (4 avril 1631 )f Un avait intrigué de toutes parts pour persuader au parlement qu'il y avait bien assez de religieux en France , et qu'on n'avait pas besoin de missionnaires nouveaux. De hautes amitiés ayant écarté ces obstacles , et les lettres patentes enregistrées , saint Vincent de Paul se hâta d'envoyer à Rome un de ses premiers disciples, M. du Goudray, pour solliciter la sanction de l'autorité pontificale. Mais là on retrouva la même opposition qu'on venait de vaincre à Paris, ^i^a manière dont il avait constitué sa nouvelle congrégation faisait encore hésiter Rome. Il avait rejeté les vœux solennels, dont aucune congrégation d'hommes n'avait été encore exempte ; il s'était contenté des vœux simples d'obéissance, de pauvreté et de chasteté, à condition qu'ils fussent perpétuels, et s'était résigné à y joindre, pour plus de solidité, le vœu de stabilité, dont ne pourraient dispenser que le pape et le supérieur général; tout cela, au dire des meilleurs théologiens , ne suffisant pas à faire de ses disciples des religieux, ce dont il ne voulait à aucun prix.
Dès lors les disciples de saint Vincent de Paul n'étant pas religieux, il régla qu'ils conserveraient le nom de Monsieur et ne prendraient pas celui de Père; qu'ils porteraient l'habit des prêtres séculiers, c'est-à-dire la soutane, seulement plus modeste et plus pauvre; qu'ils ne seraient pas astreints au chant de l'office ni à aucune des pénitences des ordres religieux; qu'ils n'auraient pas d'autres jeûnes que ceux prescrits par l'Eglise à tous ses fidèles. Mais en revanche il exigeait la séparation entière du monde , une vie d'humilité , de mortification , de fidélité à la règle et d'entière consécration au service des pauvres. Tout cela était bien