‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 22 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE II

sions en France, mais qu'il y donnerait tel remède dans peu de temps, que Dieu y serait loué. Ce peu de jours furent dix mois qu'il m'entretint dans ces vaines, mais à la fin exécutées espérances, au bout desquels nous nous sauvâmes avec un petit esquif et nous rendîmes, le vingt -huitième de juin, à Aiguës -Mortes, et tôt après en Avignon, où Ms^ le vice -légat reçut publiquement le renégat, avec la larme à l'œil et le sanglot au gosier, dans l'église de Saint-Pierre, à l'honneur de Dieu et édification des spectateurs^. »

Ce vice-légat, Pierre Montorio, était un homme instruit, curieux de recherches philosophiques et scientifiques, et en particulier de ces beaux secrets algébriques, comme on disait alors, dont on prétendait que les Arabes étaient les merveilleux possesseurs. Après quelques entretiens avec notre saint, il en fut si enchanté , qu'il résolut de l'attacher à sa personne et de l'emmener à Rome , où il allait retourner ; et comme il apprit qu'il était prêtre , il le pria d'écrire immédiatement à Dax pour avoir ses lettres d'ordination, sans lesquelles il ne pouvait rien pour lui. « Il ne se peut, Monsieur, que vous et mes parents n'ayez été scandalisés en moi par mes créanciers, que j'aurais déjà en partie satisfaits de cent ou six vingts écus que notre

* Cette lettre si précieuse, qui compi*encl trois pages in- 4° d'une écriture très fine, demeura dans les archives de Saint- Lazare jusqu'en 1789, époque à laquelle elle disparut dans le pillage de la maison. Retrouvée plus tard par les lazaristes, qui la possédaient encore au commencement de ce siècle, elle disparut de nouveau, probablement par une soustraction frauduleuse; et depuis lors elle apparaît de temps en temps dans les ventes d'autographes. Elle appartient aujourd'hui à M^ie Joseph Fillon, de Fontenay (Vendée). M. Firmin Joussemet, neveu de Mme Fillon, la publia pour la première fois dans la Revue des provinces de l'Ouest (1856-1857), puis en brochure (une feuille in-8°; Nantes, André Guérardet, 1856). Elle a naturellement trouvé sa place dans la magnifique collection des lettres du saint. [Lettres, t. I, p. 1.)

pénitent m'a donnés, si je n'avais été conseillé par mes meilleurs amis de les garder jusques à mon retour de Rome, pour éviter les accidents qu'à faute d'argent pourraient m'advenir, ores que j'aie la table et le bon œil de Monseigneur... »

C'est au milieu de ces circonstances et dans ce but que fut écrite la longue lettre dont nous venons de donner de si beaux fragments , et on s'explique les détails dans lesquels le saint avait cru devoir entrer. Il y avait deux ans qu'il avait disparu. Il était parti pour Marseille en juillet 1605, et on n'en avait plus entendu parler depuis. Qu'était-il devenu? Etait-il mort en route? Sa mère vivait encore dans l'anxiété, et son oncle, et ses frères et ses sœurs, et tous ceux qui l'avaient connu. Aussitôt qu'il l'avait pu, il avait écrit à sa mère^ Mais avait-elle reçu la lettre? Aussi quelle joie en recevant celle-ci, et quel bonheur en voyant ces attentions de la Providence et ces miracles de la grâce 1 Certes , il s'en fallait bien que Vincent de Paul eût tout dit dans cette lettre.

Il n'avait guère parlé que de ses humiliations et de ses épreuves. Cependant, cinquante ans après, quand une copie de cette lettre tomba entre ses mains, il estima qu'il en avait trop dit, et il n'est pas de démarches qu'il n'ait faites pour essayer de la fair« disparaître. A quatre-vingt-quatre ans, la veille de sa mort , il faisait encore des recherches pour la retrouver et la brûler^. Les lettres d'ordination qu'il avait demandées

1 Lettres, t. I, p. 10, n» 1.

2 On a une lettre chai'mante du secrétaire même de saint Vincent de Paul, le frère Ducourneau, sur la manière dont on s'y prit pour soustraire cette lettre au saint. Elle est adressée à M. de Saint-Martin, chanoine de Dax, ami intime de saint Vincent de Paul , qui avait trouvé cette lettre dans des papiers de famille, qui en avait envoyé une copie au saint, qui l'avait brûlée, et qui, pour achever de la faire disparaître, demandait vivement l'original.

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