‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 23 sur 394 · LIVRE I. - CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I. - CHAPITRE II

lui furent expédiées immédiatement; mais, comme on n'avait pas eu soin de les faire viser et authentiquer

« Monsieur, j'ai reçu commandement de vous écrire de la part de MM. Portail, d'Horgny et Aimeras, que vous connaissez, en attendant qu'ils puissent le faire eux-mêmes, pour vous remercier très humblement des lettres que vous leur avez communiquées. Ils ne voudraient pour rien au monde ne les avoir pas reçues , parce qu'elles contiennent des choses qui donneront un jour un surcroît de lustre à la sainte vie de la personne qui les a écrites. Aucun de nous n'avait jamais su d'une manière certaine qu'il eût été en Barbarie , et encore moins qu'il eût converti son patron. Pour moi. Monsieur, j'admire la conversion de cet apostat, l'humilité de son esclave, l'assurance qu'il sentait en son âme d'avoir la liberté, et la grâce qu'il avait de se faire aimer des Turcs , qui sont inhumains , particulièrement du médecin qui lui enseigna tant de beaux secrets. Mais je vous avoue que j'admire encore plus la force qu'il a eue de ne jamais dire un seul mot de toutes ces choses à pas un de la Compagnie, quoiqu'il ait eu cent et cent fois l'occasion d'en parler en conférant de l'assistance des captifs , qu'il a entreprise depuis douze ou quinze ans. Il nous a dit bien souvent qu'il était fils d'un laboureur, qu'il a gardé les pourceaux de son père, et fait d'autres choses humiliantes ; mais il s'est toujours tu devant nous sur celles qui pourraient tourner à son honneur, comme d'avoir été esclave, pour n'avoir pas l'occasion de dire le bien qui s'en est suivi. Enfin , Monsieur, j'admire la sagesse de Dieu , qui , voulant se servir de ce sien serviteur pour secourir les pauvres chrétiens qui gémissent sous la cruauté des mahométans, a permis qu'il fût tombé lui-même entre les mains de ces bai-bares pour lui faire toucher au doigt les maux que souffrent ces captifs, les dangers où ils sont de se perdre, et l'obligation qu'on a de les assister.

« Si ces deux lettres étaient tombées entre ses mains, jamais personne ne les aurait vues. Et ces Messieurs ont jugé à propos de les retenir et de ne pas lui en parler, et même, afin qu'il ne sache pas que nous les avons, ils ont supprimé la vôtre, estimant que vous n'en aurez pas de déplaisir, comme ils vous en supplient très humblement. Que s'il vient à vous demander de nouveau les siennes, voiis pourrez alors lui écrire que vous les lui avez adressées , et que vous êtes bien fâché qu'il ne les ait pas reçues. Nous sommes nous-même bien fâché de le priver de la consolation qu'il aurait de lire ses anciennes histoires et de se voir jeune en sa vieillesse; mais il a fallu se résoudre à cela, ou à perdre les originaux, ce qui aurait été encore plus fâcheux. » {Lettres de saint Vincent de Paul, t. I, p. 1-3, no 1.)

par révêque de Dax, il fut obligé de récrire jusqu'à trois fois, pour les avoir en bonne et due forme. On a la troisième de ces lettres, où se trouvent des détails si curieux, que nous ne croyons pas devoir la passer sous silence. Elle est datée de Rome, 28 février 1608. « Je suis en cette ville de Rome, où je continue mes études, entretenu par M?^ le vice -légat d'Avignon, qui me fait l'honneur de m'aimer et désirer mon avancement, pour lui avoir montré force belles choses curieuses que j'appris pendant mon esclavage de ce vieillard turc, à qui je vous ai écrit que je fus vendu, du nombre desquelles curiosités est le commencement, non la totale perfection du miroir d'Archimède ; un ressort artificiel pour faire parler une tête de mort , de laquelle ce misérable se servait pour séduire le peuple , leur disant que son dieu Mahomet lui faisait entendre sa volonté par cette tête, et mille autres belles choses géométriques que j'appris de lui, desquelles mon dit seigneur est jaloux, qu'il ne veut pas que j'accoste personne, de peur qu'il a que je l'enseigne, désirant avoir lui seul la réputation de savoir ces choses , lesquelles il se plaît de faire voir quelquefois à Sa Sainteté et aux cardinaux. Cette sienne affection et bienveillance donc me fait promettre, comme il me l'a promis aussi, le moyen de faire une retirade honorable, me faisant avoir à ces fins quelque honnête bénéfice en France. » Il ajoute : « Pour cela il me faut absolument une copie de mes lettres d'ordres signées et scellées de M§''^ d'Acqs , avec un témoignage de mon dit seigneur qu'il pourrait retirer par une enquête sommaire de quelques-uns de nos amis, comme l'on m'a toujours reconnu vivant en homme de bien , avec toutes les autres solennités à ce requises. C'est ce que mon dit seigneur m'exhorte tous les jours de retirer. C'est pourquoi. Monsieur, je vous supplie très humblement me vouloir faire encore ce bien de relever une autre cédule de mes lettres, et de

Page 1