‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 222 sur 394 · LIVRE IV. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE I

A la Fère , de pauvres bénédictines étaient toutes malades de faim. En 1646 et 1647, il fallut distribuer du pain , des vêtements à plus de six cents religieuses ; en 164.0, on en avait distribué à onze cents religieuses. Et chaque année, pendant trente ans, il fallut recommencer.

Et ce qui ajoutait à la détresse, c'est qu'il n'y avait plus de riches. Tous les châteaux étaient pillés, les terres non ensemencées. « Le plus riche n'aurait pas pu donner cinq sous. » Des g^ens qui avaient vingt -cinq mille écus au soleil venaient tendre humblement leur écuelle pour avoir un peu de potage. Un seigneur étant venu demander un peu de confiture pour sa fille malade , comme on lui répliquait qu'on n'en donnait qu'aux pauvres : « Hélas I dit-il, je suis bien de ce nombre, car ma fille n'a eu depuis deux jours qu'un peu d'eau pour nourriture. »

Des volumes suffiraient à peine à peindre les ruines accumulées, pendant ces trente années, sur les plus belles provinces de la France. La dépopulation, commencée dès 1635, ne s'arrête plus.

C'est un sauve- qui-peut général. Les grandes usines se ferment les unes après les autres. Les fabriques de drap de Lille, d'Armentières, d'Elbeuf, dispai-aissent dès les premiers temps , les verreries de Lorraine et de Bourgogne ensuite. Les industries de laine de la Picardie, après avoir résisté un instant, succombent à leur tour. Le commerce des vins de Champagne et de Bourgogne est anéanti. Les hôpitaux, écrasés de dettes, renoncent à recevoir les pauvres. Les villages se dépeuplent. En Bourgogne , sur deux cent douze villes et villages dont on a étudié les rôles , il y en a vingt entièrement détruits et où il n'y a pas un seul habitant , trente autres où il y en a cinq ou six. En Lorraine , c'est pire encore. A Frouard, où on comptait cent ménages en 1633, il ne reste plus que cinq ou six pauvres habitants

auxquels il est impossible de cultiver la terre de finage. Buissoncourt est désert. Pas d'impôts possibles à Houdemont, qui n'est plus habité que par deux ou trois veuves. Il n'y a plus personne à Pierreville, à Paray, à Saint- Gésaire et dans tous les villages du Vermois. Il en est de même dans la plupart des villes et bourgs de la Lorraine. Plusieurs ont complètement disparu. Beaucoup sont représentés par un hameau, une ferme, un moulin. D'une foule d'autres il ne reste que le nom.

Quand on fouille les documents à peine encore explorés des villes et des villages , les registres des corps de ville , les délibérations des chapitres et des paroisses , et qu'on se demande si personne n'est venu au secours de ces populations broyées par la guerre, la famine et la peste , on trouve un nom , un seul , celui de saint Vincent de Paul. Nous allons voir ce que peut faire un seul homme , quand le souffle de la vraie charité le possède et le soulève.

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