‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 224 sur 394 · LIVRE IV. — CHAPITRE tl · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE tl

décembre, quinze cents livres par semaine, six mille livres par mois. En janvier 1651 , sans abandonner la Lorraine, on donne trois mille livres par semaine, cent cinquante mille livres par an. En mars, saint Vincent de Paul écrit : « Il n'est pas croyable combien ces dames ont de peine à soutenir le faix d'une si grande dépense , qui va à plus de quinze mille livres par mois , cent quatre-vingt mille livres par an. » A mesure qu'on avance , la dépense augmente avec le nombre des provinces envahies. En mai et en juin, quarante mille livres pour ces deux mois. A Saint- Quentin, les neuf cents livres par semaine ne suffisent plus. A Réthel, à Marie , on a dépensé par mois soixante mille livres. En 1652, les dépenses, qui étaient, à Laon, de huit mille livres par mois, sont montées à dix mille en mars, à treize mille en avril. Du 15 juillet 1650 au 11 juillet 1657, saint Vincent de Paul comptait trois cent soixante -sept mille cinq cents livres ; et dans cette somme, disait-il, ne sont pas compris les habits, draps, couvertures, aubes, chasubles, ciboires, qui monteraient à des sommes considérables, si cela était supputé. Et tant d'autres sommes dont il ne parle pas pour la Bourgogne, la Lorraine, l'Anjou, la Brie et les environs de Paris ; c'est plus de trois millions, qu'il faut tripler et quadrupler pour avoir la valeur actuelle. Quand cette affreuse guerre sera finie, et qu'un des missionnaires, devenu évêque d'Agen, Ms' François Hébert, essayera de faire le compte exact des charités de saint Vincent de Paul , il arrivera à la somme énorme de douze millions de livres, c'est-à-dire quarante-huit millions de notre monnaie actuelle. Saint Vincent de Paul, qui renvoyait toujours tout l'honneur aux autres, en était dans l'admiration. « Oh! Mesdames, le récit de ces choses ne vous attendrit pas le cœur? N'êtesvous pas touchées de reconnaissance envers la bonté de Dieu sur vous et sur ces pauvres affligés ? La Pro-

vidence s'est adressée à quelques dames de Paris pour assister deux provinces désolées : cela ne vous paraît-il pas singulier et nouveau? L'histoire ne dit point que chose semblable soit arrivée aux dames d'Espagne, d'Italie ou de quelque autre pays. Gela était réservé à vous autres, Mesdames, qui êtes ici, et à quelques autres qui sont devant Dieu, où elles ont trouvé une ample récompense d'une si parfaite charité. »

Quand la caisse de ces dames était vide , ce qui arrivait de temps en temps, en 1639, en 1643, il allait frapper résolument à la porte des plus grandes dames de Paris : chez M"^^ la duchesse d'Aiguillon , nièce de Richelieu , à laquelle il adressait une lettre éloquente ; chez M^^ la présidente de Herse, qu'il appelle la charitable présidente ; chez M^^ de Lamoignon , qui ne connaissait qu'une manière de ne rien donner, c'est quand elle n'avait plus rien ; chez M™^ de Bretonvilliers , qui en une fois lui donna quarante mille francs, somme énorme pour ce temps -là; enfin chez M"^ Le Gras, dont la bourse était comme la sienne , et où il puisait sans compter. Il s'adresse ensuite à la reine de Pologne, qui lui envoie douze mille francs ; et enfin il monte jusqu'à la reine régente, qui ne savait rien lui refuser. « A défaut d'argent, elle lui donnait ses bijoux: une fois un diamant de la valeur de sept mille livres, une autre fois un pendant d'oreilles qui fut vendu dix-huit mille livres par les dames de la Gharité. Et comme la chrétienne princesse demandait le secret : « Votre « Majesté, lui répondit Vincent, me pardonnera, si en « cela seulement je ne lui obéis pas. Mais je ne puis « cacher une si belle action de charité. Il est bon, « Madame , que tout Paris et même toute la France la « connaisse, et je crois être obligé de la publier parce tout où je pourrai \ »

1 Maynard, t. IV, p. 233.

Page 1