LIVRE IV. — CHAPITRE II
enterrer tous ces cadavres. A Etampes, sous la conduite des missionnaires , « ils débarrassent les rues des monceaux d'horribles ordures, abominable pêle-mêle de corps d'hommes, de femmes et de chevaux, qui pourrissaient là depuis le séjour que les troupes avaient fait dans la ville. Gela enlevé à force d'or et de dévouement, on parfuma les places et les maisons pour les rendre habitables. » Cinq missionnaires et cinq Filles de la Charité y meurent les « armes à la main », comme dit saint Vincent de Paul. A Etréchy, à Villeneuve-Saint-Georges, on a trouvé trois cent soixantequatorze malades dans la dernière extrémité ; ni lits , ni habits, ni pain. Il va falloir commencer par enlever le foyer d'infection qui augmente la maladie, en enterrant les cadavres d'hommes, de chevaux morts et de bestiaux. A Saint- Etienne, en Ghampagne, plus de quinze cents hommes étant tombés sur le champ de bataille et servant de pâture aux loups , les prêtres de la Mission se mettent à enterrer ces corps à demi pourris. Heureusement le froid survient ; car, si le dégel eût continué , on n'aurait pas trouvé un homme qui voulût s'y engager pour mille écus. Un jour, saint Vincent de Paul réunit les dames de Gharité et leur demande d'acheter, détail horrible, des pics et houes pour faire les fosses et enterrer les morts, qui est l'une des plus grandes peines des missionnaires, parce qu'il faut gratter la terre avec les mains pour faire les fosses, et porter les morts sur des échelles qu'on a peine à rencontrer. A Gorbeilles, le travail des aéreux a coûté quatre cents livres. A Villeneuve-Saint-Georges, ils ont trouvé douze à quinze cents chevaux morts , et des cadavres de soldats et de pauvres auxquels ils ont donné la sépulture. A Etampes, ils n'ont pu faire autre chose que de vider Uinfection des maisons dans les rues , tant elles étaient pleines d'ordures épouvan-r tables. Là mourut une Fille de la Gharité dont les der-
niers moments furent signalés par un dévouement surnaturel. « Il y a quelque temps , racontait saint Vincent de Paul, on me disait d'une sœur qui était à l'agonie , que , voyant une pauvre personne qui avait besoin d'être saignée , elle s'était levée de son lit pour la saigner, et qu'après, étant tombée en faiblesse, elle était morte incontinent. Je ne me souviens pas de son nom. » Les sœurs chuchotèrent entre elles : « Sœur Marie -Joseph, à Etampes. » Et Vincent l'ayant entendu : « Dieu vous bénisse , mes filles ! sœur Marie- Joseph , c'est bien elle , en effet ; cette bonne fille peut être appelée martyre de la charité. » Là aussi prit le mal dont il mourut, quelques jours après, un saint missionnaire, M. David. « La Providence de Dieu, écrit saint Vincent de Paul, a appelé à lui M. David, de notre compagnie , duquel on peut dire qu'en peu de temps explevit tempora multa. Il y avait seulement dix ou quinze jours qu'il secourait les pauvres malades d'Etampes, où l'armée des princes a séjourné longtemps et laissé un air infect. M. Deschamps, avec qui il était, m'a fait savoir qu'il y faisait autant que pouvait faire un homme venu du ciel, relativement aux confessions , aux catéchismes , aux secours corporels , à la sépulture des cadavres à peu près corrompus. Il alla en enterrer douze à Etréchy , qui infectaient le village ; après quoi il tomba malade et mourut. Le même M. Deschamps m'écrit encore que le défunt avait quelque appréhension de la justice de Dieu avant d'expirer, et qu'il s'écriait: « N'importe, Seigneur! « quand vous me damneriez , je ne laisserai pas de « vous aimer, même en enfer. » Quelque temps avant était mort à Bar-le-Duc, à l'âge de vingt-huit ans, en odeur de sainteté , un prêtre de la Mission , le bon M. de Montevit. « Il est mort, écrit le Père Roussel à saint Vincent de Paul, comme je désire et comme je demande de mourir. Les deux chapitres de Bar