LIVRE IV. — CHAPITRE II
suivre les contrevenants, en sorte que la punition en serve d'exemple. Veut Sa Majesté qu'aux copies de la présente, dûment collationnées, foi soit ajoutée comme à l'original.
« Fait à Paris, ce 14 février 1551. »
« Comment, dit très bien M. Feillet, une ordonnance aussi importante, dont les copies ont dû être multipliées, a-t-elle pu jusqu'ici échapper à l'attention de tous les biographes de saint Vincent et des historiens de la Fronde? Nous ne chercherons pas à en rendre compte ; pour nous , nous la regardons comme un des actes les plus importants que nous ayons eu la bonne fortune de rencontrer dans nos longues recherches. Qu'on en pèse toutes les paroles : l'aveu du mal au début de l'ordonnance , la barbarie des soldats poussée à ce point qu'ils ne respectent pas même ceux qui viennent porter secours à eux et à leurs victimes ; la recommandation expresse et en termes solennels faite à toutes les autorités, de quelque ordre, de quelque nation qu'elles soient, de venir en aide à ces hommes généreux qui portent avec eux le dernier espoir de salut des provinces désolées, rien n'y manque. Nous verrons plus tard des sauvegardes données à des ecclésiastiques charitables ; mais quelle différence dans les termes ! Cet acte attribue à Vincent un rôle public et officiel. Ce n'est plus un simple particulier trouvantdans sa seule vertu l'autorité nécessaire pour entraîner à sa suite un monde d'action et de dévouement, c'est désormais le « grand aumônier de la France », dans les mains duquel la royauté abdique volontairement ce qui constitue aujourd'hui son plus noble privilège, le pouvoir de faire le bien. La charité a fait de l'humble paysan des Landes la seule force active du royaume en décadence, et le titre de Père de la patrie, que lui
donne le gouverneur de Saint -Quentin, ne fut jamais mieux mérité *. »
Ce n'est pas la seule pièce glorieuse pour saint Vincent de Paul et ses admirables disciples qui ait pendant longtemps échappé à l'attention de l'histoire. Bien d'autres pièces ont eu le même sort, surtout celles où éclatait en termes plus vifs la reconnaissance des villes sauvées par la charité de notre saint, soit que celui-ci, dont elles blessaient l'humilité , les ait brûlées ; soit que la légèreté avec laquelle on écrivait l'histoire au xvn® et au xvm® siècle n'ait pas permis d'en retrouver les pièces originales dans la poussière des archives. Aujourd'hui elles en sortent de toutes parts, et elles attestent l'impression profonde que fit en ce temps -là l'héroïque charité de saint Vincent de Paul.
Je cite les principales.
En 1639, les lieutenant, prévost et corps de ville de Saint- Mihiel envoient à Vincent de Paul un million de grâces pour tous les bienfaits reçus.
En 1639, le vicaire général et grand archidiacre de Toul , le siège vacant , certifie et fait foi que les prêtres de la Mission travaillent depuis deux ans à soulager, vêtir, nourrir, médicamenter les pauvres , les malades , les blessés ; de laquelle conduite les gens de bien demeurent grandement édifiés.
En 1640, les maistres échevins et les Treize de la ville de Metz écrivent pour déclarer qu'ils seraient les derniers des ingrats s'ils ne témoignaient pas le ressentiment qu'ils éprouvent de tant de biens qu'ils reçoivent des prêtres de la Mission et des Filles de Charité , et « de vous , Monsieur, qui en avez la conduite , que vous administrez avec tant de prudence et d'adresse ; en quoi vous acquerrez un grand loyer au ciel » .
Quelques jours après, 21 janvier 1640, les registres
1 Feillet, la Misère au temps de la Fronde, p. 247.