CHAPITRE III
La Fronde. — Augmentation de la misèi-e.
Efforts de saint Vincent de Paul pour amener la paix.
A travers tant de larmes et de sang, Mazarin commençait à réaliser le grand plan conçu par Henri IV et poursuivi par Richelieu : briser le cercle de fer dont la maison d'Autriche avait enserré la France, et donner à celle-ci, sur le Rhin, des frontières nécessaires à son indépendance et à sa souveraineté. Le 24 octobre 1648, Gondé gagnait sur les Espagnols la victoire de Lens , à la suite de laquelle fut signé à Munster le traité de Westphalie, qui assurait à la France la reconnaissance définitive de sa souveraineté sur les trois évêchés de Metz, Toul et Verdun, dont elle s'était emparée depuis longtemps; la possession de l'Alsace tout entière, haute et basse, bien entendu sans la ville libre de Strasbourg , mais avec Brisach , Landau , et le droit de garnison dans la forteresse de Philippsbourg; enfin la souveraineté de Pignerol , qui nous ouvrait au besoin l'entrée de l'Italie. C'était toute notre frontière du nord -est, du côté de l'Allemagne, enfin conquise et assurée^.
1 Cousin, Madame de Longueville, t. I, p. 329.
Sans doute ce traité coûtait cher. Il reconnaissait l'indépendance et la souveraineté politique des Etats protestants, et conférait à l'hérésie cette existence sociale qu'elle poursuivait depuis si longtemps et qui allait briser l'unité catholique européenne. Mais en ce moment on ne voyait que la grandeur de la France, et cette joie suffisait à consoler de tout. Ce qu'on venait d'obtenir du côté du nord-est, on espérait bien le faire au nord -ouest et on entrevoyait le jour prochain où, après quelques campagnes heureuses conduites par Gondé et par Turenne, les Pays-Bas tomberaient en notre pouvoir et achèveraient de nous donner -^cette frontière du Rhin , sans laquelle la France peut voir, après une bataille perdue, l'ennemi arriver sous les murs de Paris. Débarrassé de l'Autriche et de l'Espagne du côté du nord , on se tournerait vers les Pyrénées, on arracherait à l'Espagne la Navarre, le Roust sillon, peut-être même la Catalogne, qu'on possédait déjà en fait, et où on avait même établi une vice-royauté française. Cela, avec la possession de la Savoie et Nice, objet constant de l'ambition d'Henri IV et de Richelieu , achèverait la France et lui donnerait ces nobles contours dont elle a besoin pour être grande et forte.
Si Mazarin n'aA^ait poursuivi que ce plan, il l'eût probablement réalisé. Mais, pendant qu'il cherchait à abaisser l'Autriche et l'Espagne pour élever sur leurs ruines la grandeur française , il poursuivait un autre projet plus délicat, que lui avait légué également son glorieux prédécesseur, mais pour lequel il n'avait pas les mêmes qualités. C'était de détruire les derniers restes de la féodalité , d'affaiblir les grands , les nobles , les parlements, et de tout niveler, s'il était possible, au profit de l'autorité royale.
Mazarin ne perdait pas une occasion d'avancer la pleine réalisation de ce plan , et quoiqu'il ne procédât pas à la manière hardie et violente de Richelieu , qu'il