LIVRE IV. — CHAPITRE III
n'eût ni fait tomber la tête de Montmorency, de Boiiteville, de Cinq -Mars, de de Thou, ni imposé despotiquement ses volontés au parlement de Paris; agissant avec plus de dissimulation, mais avec non moins de vigueur et de constance, il avait semé autour de lui, dans tous les rangs de la société , les germes de la plus vive irritation. On avait commencé par chanter, maintenant on menaçait. Dans toutes les accusations qu'on formulait contre lui, il y en avait certes de parfaitement illégitimes. Par exemple, les mesures de toutes sortes employées par lui pour se procurer de l'argent : augmentation des impôts, vente des emplois publics, création de nouvelles charges qui diminuaient d'autant les anciennes, etc. Mais dans un temps où l'impôt était si mal assis, où tant de catégories de citoyens étaient dispensés de le payer, comment voulait -on qu'il fît la guerre, qu'il entretînt des armées, qu'il tînt tête à l'Autriche et à l'Espagne, et qu'il les domptât pour achever le légitime et nécessaire développement de la puissance française , si on ne lui donnait pas d'argent ? Il en prenait donc , en faisant crier ; car la gloire et la grandeur ne suffisent pas à consoler de la misère. Aussi partout il y avait des murmures , même des essais de révoltes , que le parlement', aigri par ces créations perpétuelles de nouvelles charges, eut l'immense tort d'encourager et d'envenimer, et à la tête desquelles se placèrent, avec encore plus de folie, les grands seigneurs, les princes même du sang, moins par zèle des véritables intérêts de la France que par jalousie de leurs propres intérêts mal entendus. C'est cette succession d'agitations qu'on a appelée la Fronde, qui, de 1648 à 1652, fit succéder les horreurs de la guerre civile à celles de la guerre étrangère ; qui coupa la France en deux ; qui mit aux prises Condé et Turenne; qui, arrêtant l'élan devant lequel avait fui l'étranger, l'aida sans rougir à envahir de nouveau notre territoire, et qui ajourna