‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 234 sur 394 · II · texte numérisé non relu

II

de plusieurs années la réalisation du grand plan de Henri IV et de Richelieu.

Oh ! ne comparons jamais la Fronde avec la Ligue. Celle-ci fut un des plus nobles élans de l'esprit et du cœur de la France catholique ; elle s'inspira du glorieux principe de l'unité religieuse ; elle mit la foi audessus de tout, et déclara que sa conservation méritait tous les sacrifices ; elle trempa les caractères , elle agrandit les âmes, et, en obligeant Henri IV à abjurer, elle sauva l'unité religieuse de la France.

Il n'y a rien de pareil dans la Fronde. Ni grands principes, ni résultats heureux. C'est une mêlée confuse de passions coupables et d'intérêts personnels, la défense à main armée d'abus séculaires, le dernier souffle de la féodalité qui s'en va, un regret sanglant du passé , sans intuition généreuse de l'avenir. Elle a amené par ses fautes et ses fureurs ce qu'elle voulait empêcher, l'affaiblissement de la grande noblesse ; car celle-ci, vaincue par la royauté, plus abaissée, plus affaiblie qu'elle ne l'aurait été sans une pareille lutte , ayant aidé d'abord par ses fautes à ôter tout contrepoids à la royauté , a préparé ensuite par ses aplatissements le despotisme de Louis XIV.

Quelle fut la conduite de saint Vincent de Paul pendant cette période désastreuse de la Fronde ? Il connaissait intimement, il avait associé à ses œuvres une foule de grands seigneurs , de magistrats éminents , de grandes dames, qui tous s'étaient jetés résolument dans la Fronde. Epousa-t-il leur querelle? Il n'aimait pas Mazarin. Entra-t-il dans l'opposition contre lui? Il était investi de toute la confiance de la reine. Qu'en fit-il? Nous croyons avoir étudié à fond la vie de saint Vincent de Paul. A notre sens, il fut rarement aussi admirable : plus désintéressé , plus dégagé de toute pensée humaine , immolant à la cause publique ses plus chers intérêts, livrant son nom à la fureur des partis, que

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