‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 235 sur 394 · LIVRE IV. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE III

dis-je, son nom? ses œuvres, ses deux chères congrégations au pillage, et, du premier jour de la Fronde jusqu'au dernier, enflammé d'une seule pensée, d'un seul désir qui domine tous les autres, le désir de la paix pour diminuer les maux du peuple.

La Fronde éclata au mois d'août 1648. A la suite de l'arrestation de quelques meneurs, douze cents barricades s'élevèrent en quelques heures dans les rues de Paris au cri de : A bas Mazarin ! La reine , effrayée , appela immédiatement à son aide le vainqueur de Rocroy et de Lens, le premier prince du sang-, Gondé. Celui-ci, bien qu'il nourrît une irritation profonde contre ce qu'il appelait « la déloyauté de Mazarin » et « la faiblesse de la reine » , n'écouta d'abord que la voix du devoir et vint mettre son épée au service d'Anne d'Autriche. Rassurée par un tel secours, la reine sortit de Paris avec son fils, se retira à Saint- Germain-en-Laye , et par son ordre Condé , à la tête de huit mille hommes, commença le blocus de Paris (6 janvier 1649), qu'il mena violemment. Saint Vincent de Paul fut atterré en apprenant la nouvelle de ce blocus. Qu'allait faire cette grande ville de Paris, décimée par la maladie, affamée et mourant de faim, si le blocus durait quelque temps? Après avoir beaucoup prié et réfléchi, il s'arrêta à un parti périlleux, mais bien digne de lui : c'était de sortir en secret de Paris, de traverser les bandes indisciplinées qui tenaient la campagne, d'aller à Saint- Germain et d'obtenir de la reine et du cardinal Mazarin la levée du siège et le rétablissement de la paix. Dans les conflits politiques où éclatent de si violentes passions, il est dangereux de se placer entre l'enclume et le marteau. Saint Vincent de Paul pouvait périr ou du côté de la cour ou du côté de la Fronde , et peut-être des deux côtés à la fois. Il le savait; mais qu'importe quand le devoir parle, et le cœur encore plus puissant que le devoir? Il prit cependant

ses précautions. Il laissa, en partant, une lettre adressée au premier président Mole , « dans laquelle il le priait d'assurer la Compagnie que son seul dessein, en se rendant à la cour, était de travailler à la paix; que, s'il n'avait pas eu l'honneur de le voir avant de partir, c'était uniquement pour pouvoir affirmer à la reine qu'il venait à elle de son propre mouvement et sans avoir concerté avec personne ses paroles et ses propositions. »

Il quitta Paris, le 14 janvier 1649, pendant la nuit, et comme tout Paris était sous les armes et qu'il y avait des postes avancés dans tous les faubourgs, il fit un long' circuit pour atteindre la route de Saint -Germain. Il était à cheval , accompagné de son secrétaire Ducourneau, frère de la Mission. Il ne faisait pas encore jour quand ils arrivèrent à Clichy, et dans l'obscurité on faillit leur faire un mauvais parti. Le pays, visité et pillé la veille par des bandes allemandes, était sous les armes. Au bruit du trot des deux chevaux , on se précipita à leur rencontre avec des piques et des mousquets. Heureusement on n'avait pas tellement oublié l'ancien curé de Clichy qu'on ne le reconnût dans saint Vincent de Paul, et les menaces se changèrent en acclamations. Un peu plus loin , nouveau péril , mais d'un autre genre . A Neuilly, la Seine était débordée, et les eaux couvraient le pont. On le conjurait de ne pas s'exposer; mais lui, qui sentait tout ce qu'il y avait de pressé et de nécessaire dans sa mission , se confia hardiment à la Providence , et , traversant les eaux , il arriva heureusement à l'autre bout du pont. « Je trémoussais de peur, dit le compagnon de saint Vincent ; mais je pensai au même moment que Dieu ne permettrait pas la mort d'un homme qui se dévouait ainsi pour les pauvres. »

Arrivé à Saint -Germain, il fut reçu immédiatement par la reine, à laquelle il expliqua l'affreuse situation de Paris du ton le plus ému. « Est-il juste, Madame, lui dit-

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