LIVRE IV. — CHAPITRE III
vres , ce qui nous est une très sensible consolation dans l'extrémité où nous sommes , et qui nous donne espérance que Dieu ne nous abandonnera pas. »
Sous la pression de cette famine, Paris ouvrit ses portes. Les conditions de la paix furent arrêtées à Ruel, le 11 mars, enregistrées au parlement le 1^"^ avril; et, le 18 août, la reine et le roi son fils entrèrent solennellement à Paris , ayant à droite et à g^auclie Condé et Mazarin. On croyait ces deux grands hommes unis pour toujours, et on saluait dans cette union la paix si désirée. Hélas ! on n'avait jamais été plus proche de la plus effroyable des guerres civiles. Comme si la reine l'eût pressenti, elle écrivit aussitôt à saint Vincent de Paul de rentrer à Paris. Elle avait besoin de ses conseils. Malheureusement, malade à Richelieu, il ne put revenir et empêcher peut-être les malheurs qui allaient éclater.
Condé était le plus grand homme de guerre de son siècle; mais, avouons-le, son esprit politique n'était pas à la hauteur de son génie militaire. A peine de retour, jeté dans ce gouffre des intrigues et des passions de la Fronde, enveloppé des séductions de sa sœur la duchesse de Longueville, qu'il aimait tendrement, de son jeune frère le prince de Conti, de son beau-frère le duc de Longueville, unissant ses ressentiments aux leurs, qu'il éprouvait encore plus vivement qu'eux, il sentit redoubler ses griefs contre Mazarin , ses froideurs vis-àvis de la reine , et , « quoique encore innocent , » dit Bossuet , il laissa croire que la Fronde pouvait compter sur son épée. Mazarin, qui l'épiait, fondit sur lui, et par un coup de génie ou de folie fit arrêter et enfermer à Vincennes le vainqueur de Rocroy et de Lens, le premier prince du sang , avec son frère le prince de Conti et son beau-frère le duc de Longueville (18 janvier 1650). Et bientôt, craignant qu'on ne les lui arrachât de Vincennes , il les fit transporter et enfermer au château du Havre. Comment peindre la stupeur dé Paris,
l'indig^nation du parlement, la colère de toutes les grandes familles de la noblesse? Le parlement, toutes chambres assemblées, ordonne aussitôt la mise en liberté des princes, décrète de crime public la conduite de Mazarin , et arrête qu'il sera immédiatement chassé de Paris. La reine refuse de se séparer de son ministre, et celui-ci pendant treize mois (18 janvier 1650-6 février 1651) tient tête à l'orage : avec quelle habileté ! mais avec quel mépris des choses les plus saintes ! Evêchés , abbayes , biens d'église , tout est donné même aux plus indignes, pour se créer des partisans. On imagine l'émoi de cette France religieuse qui commençait à renaître et où se multipliaient dans le clergé , et presque parmi les laïques, les plus ardents serviteurs de Dieu. Qu'allait devenir tout ce qu'on avait essayé pour renouveler et purifier l'Eglise de France : conférences du mardi, retraites annuelles, séminaires, s'il fallait revoir encore de médiocres évêques et de mauvais abbés ? Plus ému que tous , saint Vincent de Paul alla plusieurs fois trouver la reine et la conjurer à genoux de penser à Dieu et à son salut ^ De son côté, le Père de Gondi quitta la retraite austère où il s'était enfermé , pour venir remon-
1 Voici quelques-unes des notes que Mazarin écrivait sur son carnet, au sujet de saint Vincent de Paul et des autres membres du parti des saints qui lui étaient hostiles :
2e carnet, p. 62 : « Vanno a trovar M. Vincent, e sotte proteste di affectione alla Regina li dicono che la sua riputazione perde per la galanteria. »
Même carnet, p. 39 : « Che M. Vincent vuol metter avanti il padre Gondi. «
6e carnet, p. 77 : « M. Vincent nella ti^oppa di Menele (Maignelais). E il canale per il quale tutto passa air orecchie di S. M. »
3e carnet, p. 10 : « S. M. al padre Gondi che non voleva esser governata , e che se mai lui avesse creduto che la fosse , lo pregava a sortir délia cella per venir ad avertirla. »
Même carnet, p. 33 : « El padre Gondi avia ablado en mi prejuditio como lo avia hecho tambien el padre Lambert y M. Vincent. « ( Chantelauze , p. 295 , note. )