‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 240 sur 394 · LIVRE IV. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE III

trer à la reine à quoi elle s'exposait en laissant mettre l'Eglise au pillage. Les deux saints évêques de Lisieux et de Beauvais , qui étaient du conseil de conscience , firent entendre les mêmes gémissements. M. Olier s'y joignit à son tour; et avec lui, avec saint Vincent de Paul, les plus saintes dames de l'assemblée , la duchesse d'Aiguillon , la marquise de Meignelàis , M™^ de Hautefort, etc. Mais Mazarin fut inflexible. Acculé dans ses derniers retranchements, il résolut d'écraser ce qu'il appelait le parti des dévots. L'évêque de Lisieux fut renvoyé dans son diocèse. Ordre fut donné au Père de Gondi de ne plus mettre le pied à la cour. Une note adressée à l'ambassadeur de France près le Saint-Siège fit retirer le chapeau de cardinal qui était déjà demandé pour l'évêque de Beauvais , et il dut , lui aussi , quitter Paris. « Cette retraite de l'évêque de Beauvais et de l'évêque de Lisieux livra à Mazarin le conseil de conscience , où il ne trouva plus de résistance à ses vues que dans le Père Vincent. Ses moyens ordinaires n'ayant pas de prises sur le saint homme , Mazarin , ne voulant pas mettre contre soi un tel personnage, tourna la difficulté ; il suspendit pour quelque temps les séances du conseil de conscience , et ne rassembla plus ce conseil que rarement ^ » Et ainsi il put continuer sans obstacles ces détestables nominations à l'aide de la feuille des bénéfices, dont il finit par disposer avec un pouvoir absolu.

Ni la piété de la reine ni les observations des plus saints personnages n'auraient donc servi à rien, si le feu n'avait pris aux poudres d'un autre côté, et si la colère du parlement, de la noblesse et même du peuple, surexcitée par la captivité des princes , n'eût éclaté en de tels termes, que Mazarin perdit toute assurance, à ce point qu'il se sauva, la nuit, de Paris sans oser emmener

* Cousin, cité par Chantelauze, p.

avec lui ni la reine ni le jeune roi , et qu'il courut d'une traite jusqu'au Havre , entra au château et annonça luimême aux prisonniers leur délivrance. Le vieux renard s'était imaginé que les princes lui sauraient gré d'une telle démarche. Mais Gondé le reçut avec un tel dédain (il était reçu par eux), qu'il acheva de perdre la tête, quitta précipitamment la France et sç retira à Cologne , sur les bords du Rhin. Pendant ce temps, les princes rentraient à Paris aux cris enthousiastes de la foule : « Vive le roi ! Vivent les princes ! Pas de Mazarin ! »

Il faut lire ici la belle lettre que M. Olier adressa à la reine , atterrée de ces nouvelles , désolée du départ de Mazarin. «Madame, la confiance avec laquelle Votre Majesté me témoigna ces jours derniers qu'elle ne faisait pas tout l'usage qu'elle devait des adversités que Dieu lui envoie, m'a donné la pensée de lui écrire. En prenant cette liberté , je compte sur la bonté qui l'a portée , jusqu'à ce jour, à recevoir avec plaisir les choses que je lui ai dites dans la sincérité de mon cœur, pour le bien de sa personne et surtout de son âme, dont j'ai toujours désiré le salut, avec des sentiments tout extraordinaires. Voici les dispositions où doit s'établir Votre Majesté dans ces temps si précieux et si importants pour sa sanctification, quoique pénibles au vieil homme, et quel saint usage elle doit faire de ces fâcheuses rencontres.

« Soumettez-vous donc. Madame, à la justice de Dieu, en vous voyant ôter d'entre les mains la personne qu'il vous avait donnée , et en qui vous mettiez votre confiance. La Providence, qui a permis son éloignement , a eu en cela des motifs et des raisons inconnus aux hommes. Il faut les adorer dans la foi , au milieu des troubles et des obscurités de la vie.

« Considérez les paroles que , dans l'Ecriture , Notre- Seigneur adresse à un évêque, comme à un roi spirituel dans le royaume de son Eglise, voulant lui reprocher la

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