‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 242 sur 394 · LIVRE IV. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE III

relâchez pour quelque considération humaine que ce puisse être, et qui est toujours nulle devant Dieu. Au reste il saura bien réparer, en vue de votre fidélité à son service, les suites que pourrait avoir votre juste refus. Si vous êtes fidèle à maintenir son royaume , qui est l'Eg-Iise , et à ne point le laisser déchoir de sa splendeur, il sera vigilant à vous maintenir dans le vôtre.

« Gomme ma profession ne me permet pas de m'appliquer à la considération des choses du monde, je ne vous parle que des omissions considérables relatives au clergé. L'affliction et la douleur que nous en éprouvons nous font languir tous Jes jours jusqu'à mourir; et c'est ce qui me fait prendre la liberté de vous parler en toute sincérité, comme je crois que votre cœur le désire. J'ai la confiance que vous permettrez à votre serviteur et sujet de vous faire ses plaintes et de gémir à vos pieds , pour demander que Dieu soit glorifié dans tout le royaume , et surtout dans le cœur de la reine , puisqu'il veut régner en elle et par elle sur tous ses sujets. »

Il faut regretter un temps où les plus humbles prêtres pouvaient tenir aux rois un tel langage. Saint Vincent de Paul, qui avait poussé à la cour le Père de Gondi, ne fut peut-être pas étranger à cette lettre, pas plus qu'aux démarches que firent successivement auprès de la reine les plus saints personnages pour la soutenir dans l'abattement que lui causait l'éloignement de son ministre. Elle se voyait enveloppée par la révolution , qui grandissait chaque jour; elle n'avait aucune confiance dans Gondé , qu'elle soupçonnait de la trahir. Menacée par les intrigues de M™^ de Longueville , de M"^'' de Ghevreuse, elle tremblait pour son fils si jeune encore, et ne voyait de salut que dans le génie de Mazarin. Lui seul pouvait la tirer d'un tel abîme. Elle aviserait ensuite à mettre fin aux abus qui lui étaient signalés; mais qu'il vienne d'abord, et qu'il lui rende l'autorité qui lui échappait de toutes parts. Sur un ordre donc

qu'elle lui fit passer secrètement (17 novembre), celui-ci se hâta de lever une petite armée , et arriva avec dix mille hommes au secours du roi. A cette nouvelle, la Fronde, qui se sent jouée, ne connaît plus de bornes à sa colère. Le parlement déclare Mazarin criminel de lèse -majesté, perturbateur du repos public, ordonne qu'il lui soit couru sus par les communes , fait vendre les meubles, les tableaux et la bibliothèque du cardinal, et sur le produit de la vente met à part une somme de cent cinquante mille livres pour celui qui le livrerait mort ou vif*.

Tout le génie de Mazarin apparut alors. Seul contre tous, il ne s'arrête pas pour si peu; il continue sa marche, opère sa jonction avec l'armée royale, et en confie le commandement à Turenne. De son côté, la Fronde donne le commandement de la sienne à Condé. Alors commence cette série de marches et de contremarches tant célébrées au xvii® siècle. « Que de campements ! que de belles marches ! que de hardiesses ! que de précautions ! que de périls ! que de ressources ! Viton jamais en deux hommes les mêmes vertus, avec des caractères si divers, pour ne pas dire si contraires? L'un paraît agir par des réflexions profondes , et l'autre par de soudaines illuminations ; celui-ci par conséquent plus vif, mais sans que son feu eût rien de précipité; celui-là d'un air plus froid, sans jamais rien avoir de lent, plus hardi à faire qu'à parler, résolu et déterminé au dedans, lors même qu'il paraissait embarrassé au dehors. L'un, dès qu'il parut dans les armées, donne une haute idée de sa valeur, et fait attendre quelque chose d'extraordinaire, mais toutefois s'avance par ordre, et vient comme par degrés aux prodiges qui ont fini le cours de sa vie; l'autre, comme un homme inspiré, dès sa première bataille s'égale aux maîtres les plus

1 Feillet, p. 319.

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