‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 244 sur 394 · LIVRE IV. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE III

Denis , à huit cents réfugiées ; et , dans la seule paroisse de Saint-Paul, quatre ou cinq de ces filles en donnent à cinq cents pauvres, outre soixante ou quatre-vingts malades qu'elles ont sur les bras. Il y en a d'autres qui font ailleurs la même chose. Je vous prie de prier pour elles et pour nous*. »

Cependant saint Vincent de Paul passait ses jours et ses nuits à genoux au pied des saints autels. On était arrivé à ce point où les secours humains ne suffisent plus , il faut que Dieu intervienne ; et , pour l'y forcer, il s'imposait les plus dures pénitences. Il en demandait de pareilles à tous les prêtres de la Mission , à toutes les sœurs de Charité, à toutes les saintes âmes qu'il dirigeait. Le but de ces prières , de ces pénitences , était d'obtenir la paix, la réconciliation de tous les partis, le retour du roi et de la reine. Ces points obtenus, on panserait plus facilement les autres plaies. Dans cette pensée, l'idée lui vint d'écrire au pape. Lui seul peutêtre pouvait intervenir utilement pour obtenir la paix. Voici cette lettre, datée du 16 août 1652 :

« Très Saint- Père,

« Prosterné très humblement aux pieds de Votre Sainteté, moi, le plus misérable de tous les hommes, je lui offre de nouveau, je lui dévoue et je lui consacre et ma personne et notre petite Congrégation des prêtres de la Mission, dont j'ai été, quoique très indigne, établi le supérieur général par le Saint-Siège apostolique. J'ose encore, me confiant en cette paternelle bonté avec laquelle elle accueille et écoute tous ses fils , même les moindres, lui exposer l'état très misérable et très digne de compassion de notre France.

« La maison royale est divisée par les dissensions;

1 Lettres, t. II, p. 438, n° 879.

les peuples sont partagés en diverses factions , les villes et les provinces affligées par les guerres civiles ; les villages, les bourgades, les cités renversées, ruinées, brûlées; les laboureurs ne moissonnent pas ce qu'ils ont semé, et n'ensemencent pas pour les années suivantes; tout est en proie aux soldats ; les peuples sont exposés de leur part , non seulement aux rapines et aux brigandages , mais encore aux meurtres et à toutes sortes de tortures ; la plupart des habitants des campagnes , s'ils échappent au glaive, succombent à la faim. Les prêtres eux-mêmes n'échappent pas à leurs mains, et sont par eux inhumainement et cruellement traités, torturés, mis à mort. Les vierges sont déshonorées ; bien plus , les religieuses elles-mêmes sont exposées à leur libertinage et à leur fureur; les temples sont profanés, pillés, renversés , et ceux qui sont restés debout sont presque tous abandonnés par leurs pasteurs, et ainsi les peuples sont privés et presque entièrement dépourvus de messes, de sacrements et de tout secours spirituel. Et chose horrible à penser, bien plus à dire, le très auguste sacrement du corps du Seigneur est traité avec la dernière indignité même par les catholiques; car, pour s'emparer des vases sacrés, ils répandent à terre et foulent aux pieds la très sainte Eucharistie. Et maintenant que font les hérétiques , qui n'ont pas la foi en ce mystère? Je n'ose ni ne puis l'exprimer. C'est peu d'entendre ou de lire ces choses , il faut les voir et les constater de ses yeux. Je sais que Votre Sainteté peut m' accuser à bon droit d'une grande témérité, moi, simple particulier et sans nom, qui ose exposer ces choses au chef et au père de tous les chrétiens , si bien et si amplement instruit des affaires de toutes les nations^ surtout des nations chrétiennes. Mais, je vous en conjure, ne vous irritez pas, Seigneur, si je parle : « Je parlerai à mon Seigneur, quoique je ne sois que cendre et poussière. » Il ne reste plus, en effet, très Saint-

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