‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 245 sur 394 · LIVRE .IV. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE .IV. — CHAPITRE III

Père, de remède à tous nos maux, sinon le secours que peut nous conférer Votre Sainteté par sa sollicitude paternelle, son affection et son autorité. Je n'ignore pas non plus qu'elle est grandement affligée de nos épreuves, et que bien souvent déjà elle a tenté d'étouffer les guerres civiles , même à leur naissance , qu'elle a envoyé à ce dessein des lettres pontificales, qu'elle a enjoint à l'illustrissime et révérendissime Nonce apostolique de s'entremettre efficacement en son nom, ce qu'il a fait apostoliquement , je le sais; et, autant qu'il était en lui, il a admirablement travaillé, quoique inutilement jusqu'à ce jour, au service de Dieu et de Votre Sainteté. Mais, très Saint-Père, il y a douze heures de jour, et ce qui n'a pas réussi une fois peut, par un second effort, obtenir un meilleur succès. Enfin le bras du Seigneur n'est pas raccourci, et je crois fermement que Dieu a réservé aux soins et à la sollicitude du pasteur de son Eglise universelle la gloire de nous obtenir enfin le repos après nos fatigues, le bonheur après tant de maux , la paix après la guerre ; de rétablir l'union dans la famille royale si profondément divisée par tant de discordes, de soulager les peuples écrasés par une longue guerre, de rendre la vie aux pauvres abattus et presque morts de faim , de venir en aide aux campagnes entièrement dévastées et aux provinces ruinées , de relever les temples renversés , de rendre la sécurité aux vierges , de faire rentrer dans leurs églises les prêtres et les pasteurs des âmes ; enfin de nous rappeler tous à la vie. Daigne Votre Sainteté en agir ainsi 1 Multipliant nos supplications, je l'en prie et l'en conjure humblement par les entrailles de la miséricorde de Notre-Seigneur Jésus-Christ, dont elle tient la place sur la terre, et qu'elle représente; qu'elle daigne encore m' accorder sa bénédiction*. »

1 Lettres, t. I, p. 464, n° 899.

Cependant le désir de la paix devenait général. La misère était à son comble. On n'attendait qu'une occasion de déposer les armes. Habilement conseillée par Mazarin , la reine publia , le 26 août , une amnistie universelle qui enveloppait, sans distinction ni réserve, tous ceux qui avaient pris quelque part aux'événements des dernières années. Ce fut le signal de la déroute de la Fronde. Tous se précipitèrent pour profiter de l'amnistie. On ne voyait que députations se dirigeant vers Compiègne, où était la cour. « Le jeune roi Louis XIV recevait toutes ces députations avec le grand air qui déjà lui était naturel, et cette majesté précoce qui donnait du charme et de l'autorité à toutes ses paroles^. » Toutes les députations revenaient enchantées, et demandant avec plus d'ardeur que jamais la fin de cette guerre abhorrée et le retour du roi.

Une difficulté restait qu'on ne savait comment tourner : Mazarin voulait rentrer triomphalement avec le roi et la reine. Il semble qu'il y avait droit; car c'était lui qui, plus que personne, avait amené le triomphe. Anne d'Autriche et son fils Louis XIV le sentaient et désiraient vivement qu'il eût cet honneur. Mais d'autre part n'était -il pas à craindre que sa présence ne réveillât des haines mal éteintes, et que des cris de colère contre lui ne vinssent assombrir l'entrée triomphale du roi? Saint Vincent de Paul n'en doutait pas. S'il y avait une faute politique , c'était la rentrée de la reine et du roi accompagnés de Mazarin. Il est probable que notre saint en avait parlé à la reine et qu'il n'avait rien obtenu. Il se décida donc à aller tout droit à Mazarin et à lui écrire directement, comptant sur ce coup d'œil dont il n'avait jamais contesté la sûreté. Cette lettre est datée du 11 septembre 1652 : nous la donnons

1 Cousin, Madame de Longueville , t. II, p. 171.

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