‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 246 sur 394 · LIVRE IV. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE III

presque en entier. Elle a été écrite avec beaucoup de soin , et elle éclaire tout un côté de l'âme de saint Vincent de Paul.

« Monseigneur,

« Je me donne la confiance d'écrire à Votre Eminence. Je la supplie de l'avoir agréable, et que je lui dis que je vois maintenant la ville de Paris revenue de l'état auquel elle était , et demander le roi et la reine à cors et à cris; que je ne vas en aucun lieu et ne vois personne qui ne me tienne le même discours. Il n'y a pas jusques aux dames de la Charité, qui sont des premières de Paris, qui ne me disent que si Leurs Majestés s'approchent, qu'elles iront un régiment de dames les recevoir en triomphe.

« Et selon cela, Monseigneur, je pense que Votre Eminence fera un acte digne de sa bonté de conseiller au roi et à la reine de revenir prendre possession de leur ville et des cœurs de Paris. Mais parce qu'il y a beaucoup de choses à dire contre cela, voici les difficultés qui me semblent les plus considérables, et la réponse que j'y fais, et que je supplie très humblement Votre Eminence de lire et de considérer.

« La première est qu'encore qu'il y ait plusieurs bonnes âmes dans Paris , et quantité de bons bourgeois qui soient dans le sentiment que je dis, il y en a toutefois quantité d'autres qui sont de sentiment contraire ; et d'autres qui sont entre deux. A quoi je réponds. Monseigneur, que je ne pense pas qu'il n'y en ait que fort peu qui soient de sentiment contraire (au moins n'en connais-je pas un), et que les indifférents, s'il y en a, seront emportés par la multitude et la force de ceux qui ont de la chaleur pour cela, qui est la plupart de Paris, si ce n'est peut-être ceux qui crain-

(iraient la touche^, s'ils n'étaient rassurés par l'amnistie.

« Secondement qu'il y a sujet de craindre que la présence des chefs du parti contraire fasse revenir la journée du Palais et celle de la maison de ville. A quoi je réponds que l'un d'eux sera ravi de cette occasion pour se bien remettre avec le roi, et que l'autre, voyant Paris remis à l'obéissance du roi, se soumettra; et de cela il n'en faut pas douter, je le sais de bonne part.

« En troisième lieu, quelques-uns pourront peut-être dire à Votre Eminence qu'il faut châtier Paris pour le rendre sage; et moi je pense, Monseigneur, qu'il est expédient que Votre Eminence se ressouvienne comment se sont comportés les rois sous lesquels Paris s'est révolté; Elle trouvera qu'ils ont procédé doucement, et que Charles VI , pour avoir châtié grand nombre de rebelles , désarmé et ôté les chaînes de la ville , ne fit que mettre de l'huile dans le feu et enflammer le reste , en sorte que , seize ans durant , ils continuèrent la sédition, contredirent le roi plus qu'auparavant, et se liguèrent pour cela avec tous les ennemis de l'Etat; et qu'enfin Henri III ni Henri IV ne s'en sont pas bien trouvés.

« Que si l'on estime qu'auparavant le retour de Leurs Majestés en cette ville, il vaut mieux traiter avec l'Espagne et Messeigneurs les princes, souffrez. Monseigneur, que je vous dise qu'en ce cas Paris sera compris dans les articles de la paix , et tiendra le bien de son amnistie de l'Espagne et de mesdits seigneurs , et non du roi , dont il aura une telle reconnaissance , qu'il se déclarera pour eux à la première occasion.

« Quelques-uns pourront dire à Votre Eminence que ses intérêts particuliers requièrent que le roi ne reçoive pas en grâce ce peuple et ne revienne pas à Paris sans

1 Atteinte aux biens et à la personne.

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