‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 247 sur 394 · LIVRE IV. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE III

elle, mais qu'il faut brouiller les affaires et entretenir la g-uerre, pour faire voir que ce n'est pas Votre Eminence qui excite la tempête , mais la malignité des esprits qui ne veulent pas se soumettre à la volonté de leur prince. Je réponds , Monseigneur, qu'il n'importe pas tant que le retour de Votre Eminence soit avant ou après celui du roi, pourvu qu'il soit; et que le roi étant rétabli dans Paris, Sa Majesté pourra faire revenir Votre Eminence quand il lui plaira; et de cela j'en suis assuré. D'ailleurs, si tant est que Votre Eminence, qui regarde principalement le bien du roi et de la reine et de l'Etat, contribue à la réunion de la maison royale et de Paris à l'obéissance du roi, assurément. Monseigneur, elle regag"nera les esprits , et dans peu de temps elle sera rappelée, et de la bonne sorte, comme j'ai dit.

« Voilà , Monseigneur, ce que je prends la hardiesse de lui représenter, dans la confiance qu'elle ne le trouvera pas mauvais, surtout quand elle saura que je n'ai dit à personne du monde qu'à un serviteur de Votre Eminence que je me donne l'honneur de lui écrire, et que je n'ai aucune communication avec mes anciens amis qui sont dans les sentiments contraires à la volonté du roi, que je n'ai communiqué la présente à qui que ce soit, et que je vivrai et mourrai dans l'obéissance que je dois à Votre Eminence, à laquelle Notre- Seigneur m'a donné d'une manière particulière. C'est de quoi je l'assure, pour être à jamais, Monseigneur, son très humble, très obéissant et très fidèle serviteur*. »

Conformément au désir de saint Vincent de Paul , le jeune roi et sa mère Anne d'Autriche entrèrent solennellement à Paris, le 21 octobre, au milieu des joyeuses acclamations du peuple. Mazarin n'était pas là. Il s'était

1 Lettres, t. II, p. 475, n» 906.

retiré à Bouillon , et il y attendit patiemment "pendant plus de trois mois que les esprits se calmassent. Chaque jour fermait quelques blessures; et l'heure vint où la noblesse, le parlement, le peuple, désabusés de la Fronde , sentant qu'elle avait été pendant quatre ans le grand obstacle à la prospérité de la France, se portèrent en foule au-devant de Mazarin et lui firent une ovation enthousiaste. C'était le 3 février 1653. La Fronde était finie , et il ne restait plus qu'à panser les plaies qu'elle avait faites. Mais ceci n'était pas l'affaire de Mazarin; c'était la mission de saint Vincent de Paul.

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