‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 249 sur 394 · LIVRE IV. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE IV

au grand détriment des pauvres. L'assemblée des dames de Charité avait un peu moins souffert. Les femmes résistent mieux aux épreuves. Cependant de deux cents et même deux cent cinquante qu'on était dans les premiers temps, on était tombé à cent cinquante et un instant même à quatre-vingt-dix . Pour comble de malheur, après la présidente Goussault, on venait de perdre la présidente de Lamoignon , l'âme ardente de ces réunions. Heureusement on avait fait une recrue inestimable , M™^ de Miramion , et les dames de l'assemblée venaient de mettre à leur tête la pieuse , généreuse et toute -puissante duchesse d'Aiguillon. Dans de telles conditions, on pouvait espérer que le ralentissement de l'œuvre des dames de Charité ne serait pas de longue durée.

Les deux autres armées de la charité fondées par saint Vincent de Paul , les prêtres de la Mission et les Filles de Charité, avaient mieux supporté la tempête , protégés qu'ils étaient par leur consécration religieuse et leur constitution hiérarchique. Les prêtres de la Mission, disséminés au milieu de pays ravagés par la guerre , la peste et la famine , avaient perdu sans doute des hommes éminents; mais ils en avaient recruté une foule d'autres, plus jeunes, qui n'avaient pas encore l'expérience des anciens, mais dévorés de zèle et exaltés par la perspective du martyre. A l'aide de ces nouvelles recrues, ils avaient pu fonder en pleine tourmente onze maisons nouvelles, et, ce qui valait encore mieux, sept séminaires nouveaux. Et, se sentant plus nombreux, ils^ avaient porté leurs yeux du côté de l'Afrique , de l'Ecosse, de l'Irlande, de la Pologne, et nous allons les voir, au chapitre suivant , franchir les frontières de la France, et, mûrs enfin pour un sublime apostolat, envahir ces contrées infidèles ou hérétiques et y renouveler les merveilles des premiers siècles de l'Eglise.

Les Filles de la Charité étaient, de toutes les œuvres

de saint Vincent de Paul, celle qui avait le moins souffert ; car la vierge consacrée à Dieu grandit dans répreuve. Leur nombre s'était accru, leur amour pour les pauvres était devenu une sorte de passion. Un jour, par exemple , que la pieuse duchesse d'Aig-uillon , accablée de bonnes œuvres et de toutes sortes d'affaires, avait demandé à saint Vincent de Paul de lui donner deux de ses Filles pour l'aider, le saint, voyant quel bien se faisait là, désigna pour ce ministère la sœur Barbe -Engiboust et la sœur Marie -Denise, et les envoya au Petit-Luxembourg, Mais dès le soir elles revenaient tout en larmes, disant qu'elles n'avaient pas quitté père et mère pour servir les riches et vivre dans de- si beaux appartements, et qu'elles demandaient humblement à reprendre le service des pauvres. Saint Vincent de Paul racontait ce fait en pleurant de joie. « Que vous en semble. Mademoiselle? écrivait-il à M"** Le Gras; êtes -vous point ravie de voir la force de l'esprit de Dieu en ces deux pauvres filles et le mépris qu'il leur fait faire du monde et de ses grandeurs ? »

Un autre jour, la reine de Pologne demande à saint Vincent de Paul trois de ses Filles, qui arrivent à A^arsovie au milieu de la peste. La reine en envoie deux soigner les mourants à Cracovie , et veut en retenir une auprès d'elle pour son propre service. La pauvre sœur, entendant cette offre, a le cœur saisi. « Eh quoi 1 lui demanda la reine , vous ne me répondez pas ? — Madame, reprit la généreuse fille, je suis aux pauvres, je me suis donnée à Dieu pour les servir, ^^otre Majesté trouvera assez de personnes pour les mettre auprès d'elle. » Et elle vola à Cracovie avec ses compagnes.

Citons encore cette admirable conversation d'une Fille de la Charité mourante avec saint Vincent de Paul. La sœur Andrée étant sur le point d'expirer, le saint lui dit : « N'avez-vous pas, ma sœur, de peines ni

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