‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 250 sur 394 · LIVRE IV. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE IV

de remords de conscience? — Non, mon Père, sinon que j'ai pris trop de plaisir à servir les pauvres. — Quoi ! ma fille , rien que cela ? — Rien du tout que cela, mon Père; j'y ai pris trop de satisfaction. Car, quand j'allais par les villages voir ces bonnes gens, il semblait que je ne marchais pas, mais que j'avais des ailes et que je volais, tant j'avais de joie à les servir, — Mourez en paix, ma sœur, » dit le saint en la bénissant, les larmes aux yeux. Et une autre sœur montant l'escalier d'un pauvre avec sa marmite qui contient le petit dîner du malade ; tout à coup la maison s'écroule et tue trente-cinq personnes. Aveuglée par la poussière, la sœur garde son sang-froid. « Je mis ma marmite dans un crochet à une gaule qu'on me tendit de la rue, et ensuite, m'abandonnant à la merci de la Providence, je me jetai sur des manteaux qu'on tenait suspendus , et me trouvai hors de danger dans la rue sans savoir comment. Mais, quoique je fusse saisie de frayeur et toute tremblante, je ne laissai pas de continuer d'aller servir les malades qui me restaient ^ . »

D'autres enfin étaient mortes martyres au milieu des pestiférés, comme cette bonne sœur d'Etampes, qui, presque dans les douleurs de l'agonie, apprenant qu'une femme se mourait sans secours dans une maison voisine, se leva , alla la soigner, et ne succomba qu'après l'avoir aidée à mourir saintement. De telles pertes n'appauvrissent pas un ordre ; au contraire , elles y mettent la flamme de l'enthousiasme, qui est sa véritable vie , et , en excitant l'admiration , elles appellent à lui toutes les âmes héroïques ; c'est ce qu'on voyait tous les jours. Les plus grandes vocations datent de cette époque : Marguerite Ghetif , destinée à succéder comme supérieure générale à M"^ Le Gras ; Mathurine Guérin , d'un si grand cœur et d'un esprit si élevé , qui

1 Vie de M^^ Le Gras, p. 277-365.

fut la troisième supérieure générale ; Marthe d'Auteuil, surnommée la faiseuse de miracles , et qui laissa dans l'ordre un parfum de vertu, et d'autres encore bien dignes de prendre place dans une société pareille. On voit par là ce que le malheur des temps avait laissé de ressources à saint Vincent de Paul , et ce qui lui restait de forces pour commencer à réédifier. Il s'y mit aussitôt avec la même humble patience qu'autrefois, la même feàgesse, mais, s'il est permis de noter un perfectionnement dans une manière d'être si parfaite, avec un souci nouveau de donner à ses œuvres une base plus assurée et plus large, afin qu'elles craignissent moins les révolutions. Toutes les œuvres de cette période ont, en effet, bravé les siècles.

Celle qui était dans l'état le plus critique, et dont il fallait s'occuper avant tout, était l'œuvre des Enfants- Trouvés. Elle n'était pas fondée quand la guerre éclata. Elle n'avait pas encore de maison à elle , et ses rentes étaient insuffisantes ; elle dépensait quarante mille livres par an, et elle ne pouvait guère compter que sur dix-sept mille francs de recette. On conçoit qu'au bout d'une année de guerre elle ait été aux abois. Beaucoup de dames de l'assemblée avaient quitté Paris ; d'autres étaient ruinées par les impôts, les exactions des hommes de guerre, La plupart disaient très haut qu'il fallait abandonner cette œuvre , et qu'après de tels désastres , qui avaient appauvri tout le monde , on n'était plus en état de la soutenir. Saint Vincent de Paul résistait ; il disait aux plus découragées qu'il n'y avait pas d'œuvre plus nécessaire que celle-là , plus importante à la gloire de Dieu et au salut des âmes ; que jusque-là on n'avait pas entendu dire qu'il y eût un seul enfant trouvé qui eût survécu , et que maintenant tous recevaient le baptême ; que la plupart vivent, et qu'il n'y avait pas de sacrifices qu'il ne fallût faire pour arriver à de tels résultats. Ces discours intimes n'obtenant pas tout le

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