‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 25 sur 394 · LIVRE I. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I. — CHAPITRE II

l'Angleterre, la Hollande, la Suède, le Danemark, et de les jeter tous ensemble, catholiques et protestants, sur la maison d'Espagne et d'Autriche , dont la puissance trop grande entourait la France d'un cercle de fer et menaçait jusqu'à son existence; projet qui, repris par Richelieu, continué par Mazarin, amena un siècle après l'abaissement définitif de la maison d'Espagne et d'Autriche et la grandeur française. Pour arriver à nouer les fils de cette forte et délicate alliance , Henri IV entretenait partout des ambassadeurs chargés d'étudier les dispositions des cours, et de lui transmettre secrètement et promptement tout ce qui pourrait l'éclairer. Il y en avait trois à Rome , dont le principal, M. de Brèves, venait de succéder au cardinal d'Ossat*. Je ne sais ce qu'ils apprirent; mais cela était si important, si confidentiel, que, n'osant confier un tel secret même à un courrier ordinaire, ils cherchèrent un homme d'une discrétion absolue qui pût, sans le secours d'un mémoire écrit, exposer directement l'affaire au roi; et leur pensée s'arrêta sur Vincent de Paul. Ils l'instruisirent et le firent partir pour Paris , avec mission d'informer personnellement Henri IV. Notre saint arriva à Paris au commencement de 1609, et fut plusieurs fois reçu par le roi. Mais ce n'est pas avec une âme humble et discrète comme celle de Vincent de Paul qu'on peut s'attendre à savoir quoi que ce soit d'une pareille démarche. Il n'en a jamais laissé échapper un mot.

J'imagine que ce bon Ms'^ Pierre Montorio fut ravi en voyant son protégé placé ainsi sur la route des honneurs. Il savait Henri IV bon juge; et il faut rendre à ce prince cet hommage, qu'à travers ses légèretés il

1 Collet, t. I, p. 25. — Abelly, t. I, p. 20. Mais Abelly se trompe quand il fait donner cette mission à saint Vincent de Paul par le cardinal d'Ossat. Celui-ci était mort dès le 13 mars 1604.

eut la passion des grands évêques. Il ne recula devant aucune démarche pour faire accepter l'épiscopat au Père de Bérulle, à ce point que celui-ci le menaça de s'expatrier s'il insistait. Il revint jusqu'à cinq fois à la charge auprès de saint François de Sales, lui offrant successivement tous les plus magnifiques ëvêchés qui devenaient vacants. On pouvait donc attendre beaucoup de cette entrevue d'Henri IV avec saint Vincent de Paul. Cependant il n'en résulta rien. Henri IV, dans le feu des négociations de 1609, terminées si peu après le coup de poignard de 1610, n'eut-il pas le temps de discerner Vincent de Paul? Ou bien celui-ci, qui n'avait pu refuser d'être porteur d'une dépêche, se tint -il sur la réserve en présence d'un projet qu'ont loué tous les politiques, dont les saints étaient moins épris, qu'en particulier il ne goûta jamais, et auquel il fit toute sa vie une opposition qui, sous le gouvernement de Richelieu et de Mazarin, faillit même devenir pour lui un péril? Quoi qu'il en soit, il descendit sans regret et aussi inconnu qu'auparavant cet escalier du Louvre , qu'il devait remonter plus tard si souvent et dans des circonstances si tragiques ; et puisque Dieu l'avait amené à Paris, il résolut d'y demeurer, et il prit un petit logement au faubourg Saint -Germain, rue des Saints-Pères, près de l'hôpital de la Charité.

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