CHAPITRE III
Saint Vincent de Paul se met sous la conduite de M. de BéruUe. Il se décide, sur son conseil, à accepter la cure de Clichy.
Ce qui avait déterminé , en effet , saint Vincent de Paul à s'établir dans le faubourg Saint-Germain, c'était la proximité de l'hôpital de la Charité. Cet hôpital s'achevait à peine. Il avait été bâti deux ans auparavant, en 1607, par Marie de Médicis, dans les vastes jardins qui entouraient une vieille chapelle dédiée à saint Pierre, d'où le nom de Saint-Pierre, Saint-Père, Saints- Pères, qui continue à être donné à la principale rue de ce quartier. Il était desservi par quelques-uns des frères qui venaient d'être fondés en Espagne par saint Jean de Dieu, et que cinq ans auparavant, en 1602, Marie de Médicis avait appelés à Paris, Comme ils étaient peu nombreux , ils laissaient venir à eux tous les dévouements : de nobles seigneurs, de grandes dames, des prêtres, des évêques même, qui se faisaient un honneur de visiter et de servir les pauvres. Saint Vincent se mêla à eux avec bonheur. Il venait tous les matins soigner et panser les malades; il s'asseyait auprès de leur lit et leur faisait de pieuses exhortations. Toujours humble et craignant de gêner, il de mandait aux bons Frères , comme une grâce , la per-
mission de les aider dans leur ministère. On dit que c'est là , dans une salle de malade , que notre humble Vincent se trouva en face du saint et déjà -illustre M. de Bérulle. Celui-ci visitait aussi les malades. On lui parla d'un pauvre prêtre qui remplissait l'office d'un ange de miséricorde. Il demanda à le voir. On le lui amena confus, rougissant, et cherchant à se soustraire à cet honneur. Il ne leur fallut qu'un regard à l'un et à l'autre pour savoir ce qu'ils étaient tous deux. L'humble Vincent se mit immédiatement sous la conduite de M. de Bérulle, et il en résulta entre eux une liaison indissoluble.
« En ce temps-là, dit Bossuet, Pierre de Bérulle, homme vraiment illustre et recommandable , à la dignité duquel j'ose dire que même la pourpre romaine n'a rien ajouté, tant il était déjà relevé par le mérite de sa vertu et de sa science , commençait à faire luire à toute l'Église gallicane les lumières les plus pures et les plus sublimes du sacerdoce chrétien et de la vie ecclésiastique *. »
Il n'avait qu'un an de plus que Vincent de Paul ^. Mais il était né près de Paris , d'une famille célèbre de magistrats. Sa mère était une Séguier, qui, veuve de bonne heure, se fît carmélite et vécut en odeur de sainteté sous le nom de Marie des Anges. De cette différence de naissance venait en ce moment leur différence de condition. Pendant que notre humble Vincent gardait les troupeaux et avait été plus tard se perdre dans les déserts de l'Afrique, y pratiquant des vertus qui n'ont été connues que du Ciel, Pierre de Bérulle n'avait pas cessé de grandir et d'éclater aux yeux de Paris et de la cour. Doué d'une innocence angélique, qu'Henri IV célébrait avec une admiration étonnée,
1 Bossuet, t. XII, p. 646 : Oraison funèbre du P. Bourgoing. Paris , Louis Vives , 1864.
2 Né le 4 février 1575; saint Vincent de Paul, le 24 avril 1576.