LIVRE IV. — CHAPITRE IV
succès qu'il en espérait, saint Vincent de Paul résolut de réunir une assemblée générale des dames de Charité pour lui soumettre la question , et il fît dire sous main aux plus influentes, M"^" d'Aiguillon, M^^ de Miramion, ]y,jme ^Q Traversay, de ne pas manquer de s'y trouver pour soutenir sa parole et enlever l'assemblée. Elle se trouva réunie à l'heure fixée, assez nombreuse, mais un peu résistante. Le saint, qui s'y attendait et qui attachait un prix infini à en triompher, s'y était préparé sérieusement. Une trouvaille heureuse vient d'en faire la preuve : on a découvert récemment , à Florence , le canevas inédit du discours qu'il prononça en cette circonstance, et dont on n'avait jusqu'ici que la magnifique et célèbre péroraison. Voici ce canevas d'un profond intérêt à plusieurs points de vue :
Pour rassemblée générale des Enfants- Trouvés,
« Je vous parlai dernièrement succinctement de vos enfants trouvés, pour ce que nous avions plusieurs autres affaires à traiter et qu'il semblait que les ofïicières pourraient pourvoir à leurs besoins sans en parler à la Compagnie. Et par ce que l'expérience a fait voir que non , nous vous en parlerons aujourd'hui , et je vous dirai qu'ils sont en grande nécessité et qu'il ne reste plus que pour les nourrir six semaines et qu'il est nécessaire d'aviser aux moyens de pourvoir à leurs besoins.
1° Parce qu'ils sont en nécessité extrême et qu'en ce cas vous êtes obligées d'y pourvoir : Non pavisti, occidisli; on peut tuer un pauvre enfant en deux façons, ou par mort violente ou en lui refusant la nourriture.
'2° Parce que Notre -Seigneur vous a appelées à être leurs mères.
3" Parce qu'après de grandes prières et diverses assemblées à cet effet, vous avez résolu de ne pas
les abandonner, et voici les motifs qui vous y ont portées :
1° Qu'on était informé que ces pauvres petites créatures étaient mal assistées, une nourrice pour quatre ou cinq enfants ;
2° Que Ton les vendait à des g-ueux, trois sous la pièce, qui leur rompaient bras et jambes pour exciter le monde à pitié et leur donner l'aumône et les laisser mourir de faim ;
3° Que des femmes qui n'avaient point d'enfants de leur mari et des misérables qui les entretenaient en prenaient et les supposaient comme leurs, et de fait nous en avons trouvé trois ou quatre depuis deux ans ;
4° Qu'on leur donnait des pilules de laudanum pour les faire dormir, qui est un poison ;
5° Qu'il ne s'en trouve pas un seul en vie depuis cinquante ans, si ce n'est que depuis peu quelqu'un des enfants trouvés a vécu ;
6° Et enfin , qu'il est le comble de tous maux , c'est que plusieurs meurent sans être baptisés.
Voilà les motifs qui vous émurent à vous en charger : la Providence vous a donc faites mères adoptives de ces enfants. De sorte que ces pauvres enfants étant abandonnés de vous, il faut nécessairement qu'ils meurent. Qui les empêchera ? la police publique ne Fa pu jusqu'à maintenant; si vous ne le pouvez, qui le fera? Certes , personne , et selon cela , Mesdames , vous êtes obligées de les assister, etc..
Si vous les abandonnez, que dira Dieu, qui vous a appelées à cela ?
Que dira le roi et les magistrats , qui par lettres patentes vérifiées vous ont attribué le soin de ces pauvres enfants?
Que dira le public, qui a fait des acclamations de bénédictions de voir le soin que vous en prenez ?
Que diront ces petites créatures ? Hélas I mes chères