LIVRE IV. — CHAPITRE IV
cation du peuple ? Tout était clone prêt, et bientôt, par ses Filles d'abord, par de pieuses dames ensuite, qui lui donnèrent leur argent, qui lui prêtèrent même leur concours personnel, il commença à couvrir la France de petites écoles gratuites que l'on a essayé vainement d'imiter, et que la Révolution cherche maintenant à supprimer par jalousie de ne pouvoir les égaler.
Mais si ces petites filles qui erraient dans les rues sans éducation morale , sans instruction , exposées à mille périls, demandaient à être préservées et sauvegardées, combien plus fallait -il recueillir celles dont l'honneur et la vertu avaient péri ! Le nombre en était considérable au milieu de telles légèretés et de tels désordres. Saint Vincent de Paul, qui avait fait des prodiges pour les préserver pendant la guerre , résolut de tenter les plus grands efforts après. Non content d'aider de sa parole , de ses conseils , même de sa bourse , les maisons de refuge qui se multipliaient à Paris : la Madeleine , fondée par M™^ de Meignelais ; la Pitié et Sainte - Pélagie , fondées par M™^ de Miramion ; les Pénitentes de M"" Pollalion , les Bons -Pasteurs de M^^ de Gombé, et une foule d'autres, il conçut la pensée d'un vaste hôpital pour les filles déchues et repenties. Il commença, selon son usage, à s'en entretenir avec des personnes de piété, et prépara tout pour lui avoir une maison et des rentes ; car chez lui l'audace ne se séparait jamais de la prudence. La mort l'empêcha de mettre la dernière main à cette œuvre hardie, qui fut achevée après lui et par ses Filles.
Pendant que saint Vincent de Paul fondait ainsi l'hôpital des Enfants -Trouvés, les petites écoles pour les enfants pauvres et de nombreux asiles pour les filles repenties, d'autres œuvres se présentaient à lui et venaient solliciter son action. Un bourgeois de Paris, qui demandait à n'être pas connu , lui apporta un jour
cent mille francs pour être employés àr une œu^Te de charité quelle qu'elle fût. Il laissait même le saint absolument libre de s'en servir pour le développement des maisons de la congrég-ation de la Mission. Mais celui-ci, avec le désintéressement qui le caractérisait, lui indiqua une misère à laquelle personne ne songeait. C'était la misère des ouvriers pauvres qui . après avoir travaillé toute leur vie . n'avaient pas de quoi manger du pain dans leur vieillesse. Ne pourrait- on pas avec cet argent leur préparer un asile? Les familles ne seraient pas brisées , on y recevrait à la fois l'homme et la femme, et, après avoir tant travaillé et vécu honnêtement, le petit ménage finirait dans la paix et dans un repos bien gagné. Emu du désintéressement du saint et enthousiasmé d'un si bel idéal, le bon bour^-eois consentit à ce projet, ajouta trente mille francs aux cent mille qu'il avait déjà donnés, et ainsi naquit l'hôpital du Nom de Jésus ^, qui subsiste encore aujourd'hui, au grand bien des familles pauvres. Pour assurer la perpétuité et la bonne tenue de cet hospice , saint Vincent de Paul y mit des Filles de la Charité.
On voit déjà quelles œuvres jaillissaient incessamment des mains et du cœur de saint Vincent de Paul , marquées au coin de sa sagesse et de sa vaste expérience . bâties pour des siècles , et qui forment encore , après plus de deux cents ans accomplis, le trésor le plus précieux de la charité catholique.
]\Iais . à côté de ces grandes fondations , faites directement par saint Mncent de Paul . combien d'autres naissaient autour de lui dont il était l'inspirateur et le conseiller I Que d'âmes sur lesquelles il soufflait ce feu sacré de compassion qui le consumait ! On ne pouvait pas l'approcher sans ressentir la contagion sublime,
^ L'hôpital du Nom de Jésus a été réuni à l'hospice des Incurables, établi aujourd'hui à Ivry.