‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 256 sur 394 · LIVRE IV. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE IV

sans éprouver le besoin de travailler avec lui , comme lui, à soulager toutes les douleurs et à relever toutes les ruines. A la tête de ces âmes g-énéreuses il faut placer Fardente, l'inépuisable duchesse d'Aiguillon, qui, après avoir prodigué son or pendant la guerre, après avoir fondé le collège des Bons-Enfants à Paris, la colonie de Villemarie au Canada, l'hôpital de Québec, la maison des prêtres de la Mission à Rome , agrandissant son cœur avec le péril, crée une maison de Filles de la Charité à Richelieu , entrelient de ses deniers des missionnaires à l'hôpital de Marseille, fonde un vaste hôpital à Alger, achète le consulat de Tunis et celui d'Alger, et obtient que le titre d'aumônier général des galères soit attaché à perpétuité au supérieur général de la Mission. Auprès d'elle sa jeune et sainte amie M™^ de Miramion , dont l'éclatante beauté avait tourné la tête à Bussy-Rabutin au point qu'il avait essayé de l'enlever \ se repose des émotions de cette tragique et chaste aventure en fondant deux maisons célèbres, la Pitié et Sainte - Pélagie : la première, où l'on essayait de ramener à Dieu les filles perdues que l'Etat faisait enfermer ; la seconde , où se réfugiaient celles que lassait la vie honteuse et misérable qu'elles avaient menée jusque-là; et elle obtient de saint Vincent de Paul qu'il sera supérieur de l'une et de l'autre. En ce même temps, M'^" Pollalion, amie de M^'® Le Gras, pénitente de notre saint, ouvre, sous le nom de Séminaire de la Providence , une maison destinée à recueillir les filles repenties ; maison qu'il dirige , en attendant qu'il la fasse autoriser par lettres patentes. C'est de là que sortent, toujours sous son inspiration et sa conduite, les fondatrices de Y Union chrétienne, connue sous le nom de Propagation de la Foi ou des Nouvelles Catholiques, parce qu'elle était destinée

* Voir t. I, p. 270.

à recevoir les protestantes qui désiraient se convertir. Fénelon prêta un jour à cette maison naissante l'appui de sa brillante parole. Sur de telles traces s'élancent une foule d'âmes généreuses. M^^® de l'Estang ouvre aux petites orphelines un asile où on en recueille tout de suite plus de deux cents, qu'il dirige d'abord, puis qu'il confie à un de ses premiers compagnons, M. Gambard. C'est après avoir pris les conseils de notre saint que M"*^ de Blosset fonde les Filles de Sainte-Geneviève, et que M*^^ Marie Saucier établit ses innombrables maîtresses d'écoles gratuites, auxquelles il donne pour supérieur un de ses plus cliers amis , Abelly. En même temps naissent les Filles de la Croix ; et quand , par suite de calomnies, elles voient s'élever contre elles cette tempête qui menace de les écraser, c'est à saint Vincent de Paul qu'elles en appellent, et elles trouvent en lui un juge et un appui qui leur permet de traverser la persécution et de continuer leur œuvre. Ainsi tout recourait à lui, et il était de plus en plus l'inspirateur, le soutien et Tâme de toutes ces œuvres de la charité catholique.

Mais ce n'est pas seulement de cette manière personnelle et directe qu'il donnait le branle aux fondations qui naissaient de toutes parts. Il rayonnait à distance, il soulevait d'enthousiasme même ceux qui ne l'avaient jamais vu. A peine cet idéal des Filles de Charité, si simple et si pur, si bien adapté aux temps actuels, a été montré au monde , qu'il se crée par toute la France des copies presque aussi belles que l'original. Au Puy, les sœurs de Saint- Joseph, qui durent leur origine à Ms^ Henri de Maupas du Tour, un disciple de saint Vincent de Paul , et se répandirent dans l'Auvergne , le Vivarais , le Dauphiné. Elles embrassaient tous les genres de miséricorde, le soin des hôpitaux et des maisons de refuge , la direction des écoles , la visite des malades à domicile, et formaient dans les villes des

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