LIVRE IV. — CHAPITRE IV
assemblées de daines de Charité. On sent ici, par Ms^ de Maupas , un souffle direct de saint Vincent de PauP.
A Nancy, la congrégation des sœurs de Saint- Charles, établie en 1652, sans cloître ni clôture, et vouées à toutes sortes de bonnes œuvres. Elles ont couvert la Lorraine , les Vosges , de leurs pieuses maisons, qui ont traversé la Révolution et subsistent aujourd'hui j}lus ferventes que jamais, A Arras, les sœurs de Sainte- Agnès, fondées par la pieuse Jeanne Biscot, fille d'un riche négociant d'Arras, qui, après leur avoir donné sa bourse , leur donna sa personne , et leur apprit par son exemple encore plus que par ses paroles à s'exercer à toutes sortes de bonnes œuvres : soignant les malades, plaçant les orphelines, retirant les filles du désordre , et , quand la guerre éclata , allant sur les champs de bataille pour recueillir les blessés et assister les mourants. Encore une copie visible des Filles de la Charité. Il faut ranger dans ce même ordre les sœurs de Saint-Maurice à Chartres, les sœurs de la Foi à Agen, les sœurs de Saint- Alexis à Limoges, les Filles de l'Enfance à Toulouse, les sœurs de la Miséricorde à Dieppe, à Aix, à Paris, etc. etc. ^. Ainsi, ce qu'au commencement du siècle les plus saints évêques jugeaient impossible, ce dont le cardinal de Marquemont avait dissuadé saint François de Sales, florissait au souffle de saint Vincent de Paul et devenait une des formes les mieux réussies et les plus populaires de la charité catholique.
A ces congrégations sans vœux perpétuels et sans clôture, vouées à toutes sortes d'œuvres de compassion et de miséricorde , écoles , asiles , soin des pauvres et des vieillards, il faut joindre les congrégations qui se vouent exclusivement au service des hôpitaux et qui
* Picot, p. 421.
ne relèvent pas moins de saint Vincent de Paul. A la Flèche, par exemple, la congrégation des Hospitalières , commencée par des filles d'honneur de la princesse de Condé et achevée par la pieuse et sainte W^° de Melun , qui , s'échappant du milieu brillant où elle était née , cherchant un endroit où elle ne serait pas connue pour se livrer aux pratiques de la plus profonde humilité et de la plus ardente charité , vint un jour s'abattre sous un faux nom sur cette petite ville et sur cette humble congrég-ation naissante, lui communiqua sa flamme, fonda un hôpital à Beaufort, aug-menta celui de Beaugé et jeta ses Filles à Laval, à Nîmes, à Avignon, jusqu'à Montréal au Canada. Ainsi encore les Hospitalières d'Angoulême, qui ouvrirent des hôpitaux dans une partie du Midi. Ainsi se fondent à cette époque les grands hospices d'Angers, de Nantes, de Rouen, presque tous confiés aux Filles de la Charité. Dans le seul diocèse de Rouen , on voit s'élever vingtquatre établissements de charité: hôpitaux, asiles, orphelinats , pour lesquels Laurent d'Ingouville , trésorier de France , distribue près de trois cent mille livres. Le diocèse de Glermont, quoique plus petit et moins riche, lutte presque avec celui de Rouen. Celui d'Orléans le surpasse. A Caen, l'hôpital général est établi en 1655, presque en même temps que deux autres, un pour les maladies épidémiques, le second pour les enfants abandonnés. A Dijon, l'hôpital Sainte- Anne est fondé pour les pauvres orphelines. A Nancey. dans le diocèse de Bourges, un grand hôpital est dû à la générosité de la famille de La Châtre. A Lyon, à Marseille , à Grenoble , à Vienne , à Sens , à Amiens , les hôpitaux se multiplient, s'élèvent comme par enchantement. L'enthousiasme est général ; il faut à tout prix panser toutes les plaies et consoler toutes les douleurs.
Ce n'est'pas que les ordres austères et contemplatifs