LIVRE IV. ■— CHAPITRE IV
forçats, qu'il visitait sans cesse et qu'il soignait comme des enfants ^ A Cahors, M^ Alain de Solminihac, qui écrit que son clergé a changé de face et que c'est grâce au séminaire confié aux prêtres de la Mission ^, et qui , célèbre par toutes sortes de vertus, ayant dépensé toute sa fortune considérable en œuvres de charité, patient, mortifié, sévère pour lui seul, est mort en odeur de sainteté. A Comminges, M^ de Donnadieu, comparé par saint Vincent de Paul au bienheureux évêque de Genève pour la manière dont il avait procuré la sanctification de milliers d'âmes. A Marseille, Ms^ Gault , qui ne fit que passer sur ce siège , mais qui y laissa une mémoire impérissable ; car, à peine arrivé , il voulut visiter, prêcher, administrer les forçats, y prit la peste et en mourut six mois après son entrée. Le clergé de France demanda au pape de procéder à sa canonisation, et on s'en occupe aujourd'hui. Toutes les lettres de saint Vincent de Paul sont pleines de son admiration pour les vertus du grand nombre des évêques de France, pendant cette dernière période de 1650 à 1660.
A côté des évêques on notait, dans la foule des bons prêtres qui se multipliaient au milieu des diocèses , un certain nombre d'éminente sainteté, sortis des séminaires naissants ou des conférences du mardi. A Paris, les abbés de Ghandenier, neveux du saint cardinal de la Rochefoucauld, et dont saint Vincent de Paul disait qu'il n'y avait pas de vertus plus hautes que celles de ces deux saints frères , sollicités par toutes les dignités de l'Eglise et les ayant toutes méprisées. A Auray, le saint abbé de Quériolet , dont la conversion fît tant de bruit, et qui, dirigé par saint Vincent de Paul, devint un modèle de ferveur, de pénitence et de courage.
1 Lettres, t. IV, p. 289, n» 3 803.
2 Ihid., p. 441, n» 1917.
A Angers, l'abbé de Vaux, vicaire g-énéral, l'âme de toutes les bonnes œuvres de la ville , qui y établit la Visitation , y appela les sœurs de Charité , reçut chez lui M^^*^ Le Gras , fonda les Filles pénitentes et mourut en odeur de sainteté. A Saumur, le saint abbé Bouvard, qui , riche , pourvu d'une foule de bénéfices , fils du premier médecin de Louis XIII , se voua entièrement au service des pauvres, à la visite des prisonniers et des forçats, auprès desquels il contracta une maladie contagieuse, dont il mourut à peine âgé de vingt-huit ans. A Dijon, i\I. Bénigne Joly, chanoine de Saint- Etienne , fondateur des hospitalières de Notre-Dame-de-la-Charité , dont il suffît de dire que l'Eglise vient de le placer au nombre des vénérables ; depuis deux siècles il n'est connu que sous le nom de Père des pauvres et de saint Vincent de Paul de la Bourgogne. Il y en a ainsi une foule d'autres dont notre, saint loue le zèle, la piété, et qu'on voit par toute la France occupés à fonder des séminaires ou à créer des œuvres de charité.
C'est de ces séminaires, de ces institutions ainsi renouvelées, qu'allaient sortir les grands hommes qui dcA'aient faire la gloire , l'honneur immortel du xvii'' siècle : Bossuet, des conférences du mardi; Fénelon, de Saint - Sulpice ; Massillon, de l'Oratoire; Bourdaloue, des Jésuites; Fléchier, de la congrégation de la Doctrine chrétienne. Ces derniers étaient bien jeunes, et Bossuet, un peu plus âgé, n'avait guère étonné encore que la ville de Metz par la beauté de sa parole. Mais Paris allait Tentendre, Saint Vincent de Paul venait de l'y appeler pour l'inauguration de l'hôpital général , et il allait couronner des éclats de sa grande éloquence la dernière œuvre de son vieux maître. Cet hôpital général, dont on ne se fait pas une idée aujourd'hui, était dans les préoccupations de la cour et de la ville. C'était, disait -on, la plus grande œuvre de charité qu'on eût encore tentée dans tous les siècles. Paris regorgeait de