‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 261 sur 394 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Les prêtres de la Mission franchissent les frontières de la France et se répandent dans le monde entier. — Travaux et souffrances des missionnaires en Barbarie.

Pendant que ces choses se passaient en France, et que les prêtres de la Mission et les Filles de la Charité se répandaient dans les villes et les villages de la Lorraine, de la Champagne, de la Bourgogne, de l'Orléanais, et se multipliaient pour attendre au milieu des horreurs de la guerre , de la peste et de la famine , tous ceux qui avaient besoin de secours ou de consolation , il y avait d'autres prêtres de la Mission qui franchissaient les frontières de la France , et , à la voix de saint Vincent de Paul, s'élançaient sur les côtes de la Barbarie, à Alger, à Tunis, pour y évangéliser les esclaves ; pénétraient en Italie , à Rome , à Gênes , pour y réformer

le clergé et y soigner les pauvres ; descendaient en Angleterre , en Ecosse , en Irlande , pour y soutenir la foi des malheureux catholiques persécutés par Cromwell ; poussaient jusqu'en Pologne à la voix de la pieuse reine Marie de Gonzague, ou s'en allaient mourir à Madagascar jusqu'au fond de l'océan Indien. Ce grand cœur de saint Vincent de Paul ne connaissait pas de limites , et , partout où il y avait des âmes à sauver , des infortunes à secourir, des larmes à essuyer, il n'aA'^ait pas de repos qu'il n'y eût eni^oyé quelques-uns de ses enfants. L'histoire de ces missions est comparable à celle des plus beaux jours de l'Eglise et marche de pair avec l'histoire même des catacombes.

De tous les pays où il désirait établir des missions, celui qui attirait le plus le cœur de saint Vincent de Paul , c'était cette région désolée d'Alger , de Tunis et de Tripoli, qui gémissait sous le bâton du Turc. Il y avait été esclaA^e pendant près de deux ans. Il y avait bu goutte à goutte ce calice d'ignominies et de douleurs dont on abreuA^'ait les captifs. A quelles infamies étaient réservés les chrétiens , surtout les femmes et les enfants, il n'y pensait pas sans frémir. A Alger , plus de vingt mille esclaves étaient à la chaîne * ; à Tunis , il y en avait cinq à six mille ^. A Bizerte, on comptait cinq bagnes; à Fez, deux; à Tripoli, quatre, et dans ces trois villes plus de quarante mille esclaves. A chaque instant on voyait rentrer dans les ports d'Alger, de Tunis, des galères turques qui ramenaient aujourd'hui deux cents chrétiens , demain trois , quatre , cinq cents esclaves pris en mer : des nobles, des chevaliers, des prêtres, des jeunes gens appartenant aux meilleures familles. On les vendait sur le marché, déshabillés, absolument nus , même les prêtres , même les femmes , et les

1 Abelly, t. I, p. 359.

2 îd., ibid.

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