‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 267 sur 394 · LIVRE V. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE I

« Mon Dieu , Monsieur , quand sera-ce que vous nous enverrez une pareille quittance pour le rachat de Dominique de Lains? Et quand le rendrez-vous à sa pauvre femme et à cinq ou six enfants qu'il a? N'y a-t-il pas moyen de réduire son patron à le relâcher à moins de six cents piastres ? C'est une rançon bien excessive pour une personne qui n'a rien , et à qui on a donné en pure aumône l'argent que vous avez reçu pour lui. Rachetez-le, je vous en prie, le plus tôt que vous pourrez, et renvoyez -le en France à la première occasion ; avancez tout ce qu'il faudra , et , si besoin est , empruntez-le ; je vous le ferai rendre incontinent que vous m'aurez mandé ce que vous aurez fournie » — « Voyez ce qui est arrivé de l'argent que j'ai envoyé pour celui qui serait le plus en danger de renier ^. » On citerait plus de cinquante lettres semblables. L'humble chambre de notre saint était devenue comme une sorte de ministère des postes et des finances au service des pauvres esclaves. Il faisait en même temps établir pour eux un petit hôpital à Alger, et il songeait à en établir un pareil à Tunis.

Mais les préoccupations de notre saint relatives à la situation matérielle des esclaves n'étaient rien à côté de ses inquiétudes au sujet de leurs âmes. Il les savait si exposées , ou à l'oubli de Dieu , ou au désespoir et au blasphème, ou à l'apostasie. On comptait à Alger , en 1649, près de dix mille apostats; à Tunis, dix-huit cents; à Salé, à Tripoli, cinq à six cents. Mais à peine les enfants de saint Vincent de Paul ont paru dans les bagnes , que tout se transforme. La foi renaît dans les uns, le repentir dans les autres. On voit des esclaves abjurer leur apostasie avec héroïsme et au péril de leur vie. On obtient à prix d'argent qu'il y ait dans chaque

* Lettres, t. IV, p. 309, n» 1819.

2 Ibid., p. 85, no 1648.

bagne une petite chapelle où réside le saint Sacrement avec une lampe qui brûle jour et nuit devant le tabernacle. Les dimanches et fêtes, l'office divin se célèbre avec une grande pauvreté , mais avec un élan de piétc extraordinaire. Et souvent, la veille, la nuit entière es' consacrée à entendre les confessions, parce que le; maîtres ne permettaient pas aux esclaves de leur ravii une heure de travail dans le cours de la journée. « £)r me donna avis, le jour de Pâques, écrit M. Guérin qu'une galère d'Alger était arrivée à Bizerte ; et aussitôt je partis pour aller visiter les pauvres chrétieni qui étaient enchaînés ; j'en trouvai environ trois cents et le capitaine me permit de leur faire une petite mission de dix jours. J'aA'ais pris avec moi un prêtre qu m'aida à catéchiser et à confesser ces jDauvres gens , qu firent tous leur devoir , à la réserve de quelques Grec schismaliques. grand Dieu ! quelle consolation d( voir la dévotion de ces pauvres caj)tifs, desquels 1; plupart n'avaient pu se confesser depuis longtemps, e il y en avait qui ne s'étaient point approchés de ce sa crement depuis huit et dix ans, et d'autres menu depuis vingt ans ! Je les faisais tous les jours déchaîne et sortir de la galère pour venir en terre recevoi la sainte communion dans une maison particulière, oi je célébrais la sainte messe ; et après que la mission fu achevée, je les régalai et leur donnai pour cinquante trois écus de vivres ^ »

On pense bien que, dans cette rénovation de la fo et de la prière au fond des bagnes , le nom de la Franc n'était pas oublié. « Vous serez ravi, écrivait ]\I. Guéri: à saint Vincent de Paul, d'entendre tous les jours d fêtes et de dimanches chanter en nos églises et no chapelles VExaudiat et les autres prières pour le rc de France, pour qui les étrangers mêmes témoignent di

^ Abelly, t. I, p. 392.

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