‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 269 sur 394 · LIVRE V. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE I

cela dit , il s'en alla constamment souffrir le feu , et recevoir la mort pour Jésus -Christ.

« Or le plus grand sentiment que j'aie d'une si belle action, c'est que ce brave jeune homme avait dit à ses compagnons : « Quoique j'appréhende la mort, je sens « néanmoins quelque chose là dedans (portant la main « à son front) qui me dit que Dieu me fera la grâce de « souffrir le supplice qu'on me prépare. Notre-Seigneur « lui-même a appréhendé la mort, et néanmoins il a « enduré volontairement de plus grandes douleurs que « celles qu'on me fera souffrir; j'espère en sa force et « en sa bonté. » Il fut donc attaché à un poteau, et le feu fut allumé autour de lui , qui lui fit rendre bientôt entre les mains de Dieu son âme pure comme l'or qui a passé par le creuset. M. Le Vacher, qui l'avait toujours suivi, se trouva présent à son martyre ; quoique un peu éloigné , il lui leva l'excommunication qu'il avait encourue , et lui donna l'absolution , sur le signal dont il était convenu avec lui , pendant qu'il souffrait avec tant de constance.

« Voilà , Messieurs , continue saint Vincent de Paul en racontant ce martyre, comment est fait un chrétien ^ »

D'autres martyres ne furent pas moins admirables. « Il n'y a pas longtemps, écrivait M. Guérin à saint Vincent de Paul, en 1646, que, pour contraindre une jeune femme à renier Jésus -Christ, ces cruels lui donnèrent plus de cinq cents coups de bâton , et non contents de cela , comme elle était à demi morte par terre , deux d'entre eux la foulèrent avec les pieds sur les épaules avec une telle violence , qu'ils lui crevèrent les mamelles , et elle finit ainsi glorieusement sa vie en la confession de Jésus-Christ. » Le même M. Guérin écrivait l'année suivante , juin 1647 : « Nous avons ici un

* Abelly, t. I, p. 374 à 376.

petit garçon de Marseille, âgé de treize ans, lequel, depuis qu'il a été pris et vendu par les corsaires , a reçu plus de mille coups de bâton pour la foi de Jésus- Christ, qu'on voulait lui faire renier par force; on lui a, pour ce même sujet, déchiré la chair d'un bras, comme on ferait une carbonnade pour la mettre dessus le gril ; après quoi ayant été condamné à quatre cents coups de bâton, c'est-à-dire à mourir ou à se faire Turc, j'allai promptement trouver son patron, je me jetai trois ou quatre fois à genoux devant lui, les mains jointes, pour le lui demander; il me le donna pour deux cents piastres, et, n'en ayant point, j'empruntai cent écus à intérêt, et un marchand donna le reste. » — « Une barque française, dit M. Jean Le Vacher en l'une de ses lettres écrites à saint Vincent, ayant échoué sur la côte de Tunis , six hommes , s'étant sauvés du naufrage, tombèrent entre les mains des Maures, qui, les ayant menés à Tunis, les vendirent comme esclaves, et quelque temps après le dey, les voulant faire Turcs, en contraignit deux à force de bastonnades de renier la foi de Jésus-Christ; deux autres moururent constamment dans les tourments, plutôt que de consentir à une telle infidélité; et comme il en voulait faire autant aux deux qui restaient, la charité nous obligea de les tirer de ce péril ; nous composâmes pour leur rachat à six cents piastres, et j'ai répondu pour deux cents; ils sont maintenant en liberté. Pour moi, j'aime mieux souffrir en ce monde que d'endurer qu'on renie mon divin Maître; et je donnerais volontiers mon sang et ma vie, voire mille vies, si je les avais, plutôt que de permettre que des chrétiens perdent ce que Notre-Seigneur leur a acquis par sa mort^. »

Ce n'était pas seulement pour la foi que les jDauvres captifs mouraient, c'était pour conserver la pureté et

î Abelly, t. I, p. 403.

Page 1