‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 270 sur 394 · LIVRE V. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE I

la chasteté. « Je crois être obligé, écrit M. Giiérin à saint Vincent de Paul au mois d'août 1646, de vous l'aire savoir que le jour de la sainte Anne, un second Joseph fut sacrifié en cette ville de Tunis, pour la conservation de sa chasteté , après avoir résisté plus d'un an aux violentes sollicitations de son impudique patronne, et reçu plus de cinq cents coups de bâton pour les faux rapports que faisait cette louve. Enfin il a remporté la victoire en mourant glorieusement pour n'avoir voulu olfenser son Dieu. Il fut trois jours attaché à une grosse chaîne, où je l'allai visiter, afin de le consoler et de l'exhorter à souffrir plutôt tous les tourments du monde que de contrevenir à la fidélité qu'il devait à Dieu. Il se confessa et communia; et après il me dit : « Monsieur, qu'on me fasse souffrir « tant qu'on voudra, je veux mourir chrétien; » et quand on le vint prendre pour le conduire au supplice, il se confessa encore une fois, et Dieu voulut, pour sa consolation , qu'il nous fût permis de l'assister à la mort; ce qui n'avait jamais été accordé parmi ces inhumains. La dernière parole qu'il dit, en levant ses yeux au ciel, fut celle-ci : « mon Dieu, je meurs « innocent ! » Il mourut très courageusement , n'ayant jamais fait paraître aucuns signes d'impatience parmi les cruels tourments qu'on lui fit souffrir; après quoi nous lui fîmes des obsèques très honorables. Sa méchante et impudique patronne ne porta pas loin la peine due à sa perfidie ; car le patron , étant de retour dans sa maison, la fit promptement étrang-ler, pour achever de décharger sa colère. Ce saint jeune homme était Portugais de nation, âgé de vingt-deux ans. J'invoque son secours, et comme il nous aimait sur la terre, j'espère qu'il ne nous aimera pas moins dans le ciel^ ))

1 Abelly, l. I, p. 388.

Un autre martyre non moins beau eut lieu peu après. « Un jeune esclave étant sollicité et presque violenté par son malheureux patron de se laisser aller à lui pour commettre un péché abominable, il lui résista courageusement ; mais , étant arrivé qu'en se défendant de ses violences il le blessa au visage, ce méchant homme, poussé de rage et de fureur, alla faussement se plaindre au juge que son esclave l'avait voulu tuer; de sorte qu'au lieu que lui-même méritait d'être brûlé, pour sa brutalité exécrable , on fit mourir par le feu ce valeureux chrétien, qui supporta constamment ce cruel martyre*. »

On ne se lasse pas de raconter de pareils faits. « Deux Anglais, écrit M. Guérin, se sont convertis à notre sainte foi, qui servent d'exemple à tous les autres catholiques. Il y en a un troisième qui n'a que onze ans , l'un des plus beaux enfants qu'on puisse voir et un des plus fervents qu'on puisse souhaiter, et d'ailleurs grandement dévot à la sainte Vierge , laquelle il invoque continuellement, afin qu'elle lui obtienne la grâce de mourir plutôt que renier ou offenser Jésus- Christ; car c'est le dessein de son patron, qui ne le garde que pour lui faire renier la foi chrétienne, et qui emploie toutes sortes de moyens pour cela. Si on pouvait nous envoyer deux cents piastres, nous le retirerions de ce danger, et il y aurait sujet d'espérer qu'un jour, avec la grâce de Dieu , ce serait un second Bède , tant il a d'esprit et de vertu, car on ne voit rien en lui qui tienne de l'enfant; il fit profession de la foi catholique le jeudi de la semaine sainte du carême dernier, et communia le même jour, ce qu'il réitère souvent. Il a déjà été battu deux fois de coups de bâton, pour être contraint de renier Jésus -Christ. A la dernière fois il dit à son patron pendant qu'il le frappait : « Coupe-

1 Abelly, t. I, p. 389.

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