‹ Histoire de Saint Vincent de Paul [microform]Chapitre 275 sur 394 · LIVRE V. — CHAPITRE I H · texte numérisé non relu

LIVRE V. — CHAPITRE I H

piastres. « Tu vas me les rendre, » dit le bey. Et comme le consul déclarait que cette dette ne le regardait pas : « Dis tout ce que tu voudras; mais il me faut mes deux cent soixante - quinze piastres, ou tu le payeras de ta vie. » Un autre consul, M. Husson, est chassé ig-nominieusement de Tunis, sans aucune forme de procès. M. Le Vacher n'y échappe pas. On le met à la gueule d'un canon , et « c'est de son sein homicide, dit M^'^ Dupuch, qu'il s'élance vers les cieux ».

Et c'étaient des consuls qui étaient traités ainsi, des représentants du roi Louis XIV ! des hommes qui portaient en eux la majesté de la France ! Notre saint en bondissait d'indignation. On lui conseilla d'abandonner une œuvre stérile pour laquelle il avait recouru en vain à Mazarin et à Louis XIV. « Oh ! non, disait-il à un missionnaire, je ne suis pas convaincu des motifs que vous m'écrivez d'abandonner l'œuvre commencée. Si le salut d'une âme est de telle importance, qu'on doive exposer la vie temporelle pour le procurer, comment pourrions-nous en abandonner un si grand nombre pour la crainte de quelque dépense ? » Et il ajoutait cette raison superbe : « Quand il n'arriverait d'autre bien de ces stations que de faire voir à cette terre maudite la beauté de notre sainte religion , en y envoyant des hommes qui traversent les mers, qui quittent volontairement leur pays et leurs commodités, et qui s'exposent à mille outrages pour la consolation de leurs frères affligés, j'estime que les hommes et l'argent seraient bien employés. »

Et non seulement il ne voulait pas abandonner l'œuvre des esclaves , mais , voyant qu'il ne pouvait plus compter sur la France , il conçut la pensée hardie de lever lui-même une flotte, et de faire châtier par les armes ceux qui se jouaient ainsi du sang chrétien et de l'honneur français. Il entama des négociations avec un

marin intrépide, connu sous le nom du chevalier Paul, qui , né dans une barque , s'étant caché à sept ans dans un navire prêt à lever l'ancre , et embarqué ainsi malgré le capitaine, devint rapidement de mousse matelot, de matelot soldat , de soldat capitaine , et enfin à force d'exploits merveilleux chef d'escadre , lieutenant général et vice -amiral des mers du Levant. Notre saint l'avait rencontré un jour chez le cardinal Mazarin, et au sortir du palais il lui avait confié son projet. Une expédition pareille, si hasardeuse et si belle, n'était pas pour déplaire au chevalier Paul. Il l'accueillit avec enthousiasme. Saint Vincent s'occupa immédiatement de réunir les fonds nécessaires , et , afin d'écarter tous les obstacles, il obtint même du cardinal -ministre et de Louis XIV, par l'entremise de la duchesse d'Aiguillon, que cette expédition , au lieu de n'être qu'une expédition privée, revêtirait une sorte de cachet officiel. On a un certain nombre de lettres de saint Vincent de Paul destinées à exciter le zèle du chevalier Paul et à préparer l'expédition. « Je vous prie, écrivait-il à M. Get, supérieur à Marseille , de voir le chevalier de ma part , de le congratuler de ce dessein ; qu'il n'appartient qu'à lui de faire de tels exploits ; qu'il en a déjà faits de fort beaux ; que son courage, avec sa bonne conduite et ses bonnes intentions, donne sujet d'espérer un heureux succès de cette entreprise; que je m'estime heureux de porter son nom et de lui avoir fait autrefois la révérence chez M. le cardinal, et que je lui fais un renouvellement des offres de mon obéissance... Vous l'entretiendrez du traitement qui a été fait à M. le consul d'Alger (M. Barreau), et lui pourrez dire qu'il relèvera la France des insultes que ces barbares prennent sur elle ; qu'il ne saurait faire une œuvre plus agréable à Notre- Seigneur ^ » Et encore : « J'ai été fort consolé

1 Lettres, t. lY, p. 25, n" 1602.

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