CHAPITRE II
Les prêtres de la Mission franchissent les frontières de la France et se répandent dans le monde entier (suite). — Saint Vincent envoie des missionnaires en Irlande , en Ecosse , en Pologne , en Italie , à Madag'ascar.
Pendant que saint Vincent de Paul envoyait un certain nombre de ses prêtres soutenir les chrétiens qui gémissaient sous le bâton des Turcs, il en envoyait d'autres du côté de l'Angleterre, de l'Irlande et de l'Ecosse pour venir en aide aux catholiques accablés par la haine des protestants. C'était sur la désignation du pape Innocent X qu'il avait pris cette résolution , à laquelle son cœur ne le portait que trop. Il avait vu. pendant sa longue vie, l'Angleterre donner les plus étranges exemples d'instabilité religieuse. Catholique depuis quinze siècles, surnommée l'île des saints, elle avait abandonné sa vieille foi en masse, sans résistance, à la voix de son roi Henri VIII, apostat et débauché (1534), Vingt ans après, de protestante elle était redevenue catholique, avec la même facilité, sans plus de résistance, sous le gouvernement de la reine Marie (1554). Marie morte, Elisabeth lui ayant succédé, elle était redevenue protestante (1562). Et maintenant elle se préparait à redevenir catholique. Il est vrai que son roi Charles I" était protestant ; mais , d'un caractère doux et faible, il venait d'épouser Henriette de France,
la sœur du pieux Louis XIII, la fille d'Henri IV ; et les catholiques n'avaient pas assez dissimulé leur joie. Par une imprudence qu'on allait payer cher, la jeune reine avait fait son entrée solennelle à Londres entourée d'évêques, de prêtres et de religieux. Le Père de Bérulle et douze oratoriens ne la quittaient pas. Le contrat de mariage stipulait que la religion catholique aurait la liberté et la publicité de son culte. On n'avait rien eu de plus pressé que d'ériger dans le palais une superbe chapelle catholique. « A l'arrivée de la reine, dit Bossuet, les catholiques respirèrent. Cette chapelle royale , qu'elle fit bâtir avec tant de magnificence dans son palais de Sommerset, rendait à l'Eglise sa première forme. Henriette, digne fille de saint Louis, y animait tout le monde par son exemple, et y soutenait avec gloire par ses retraites , par ses prières et par ses dévotions, l'ancienne réputation de la très chrétienne maison de France. Les prêtres de l'Oratoire, que le grand Pierre de Bérulle avait conduits avec elle, et après eux les Pères capucins y donnèrent, par leur piété, aux autels leur véritable décoration, et au service divin sa majesté naturelle. Les prêtres et les religieux zélés et infatigables pasteurs de ce troupeau affligé, qui vivaient en Angleterre pauvres, errants, travestis, <( desquels aussi le monde n'était pas digne, » venaient reprendre avec joie les marques glorieuses de leur profession dans la chapelle de la reine ; et l'Eglise désolée , qui autrefois pouvait à peine gémir librement et pleurer sa gloire passée , faisait retentir hautement les cantiques de Sion dans une terre étrangère. » Bossuet continue : « Les conversions étaient innombrables ; et ceux qui en ont été témoins oculaires nous ont appris que, pendant trois ans de séjour qu'elle a fait dans la cour du roi son fils , la seule chapelle royale a vu plus de trois cents convertis, sans parler des autres, abjurer saintement leurs erreurs entre les mains de ses aumô-